2017-08-23 10    A l'heure où le tome 3 vient de sortir, je termine tout juste le 2... - Toujours un train de retard sur l'actualité ;-)

    Dans ce second volume, on suit plusieurs personnages haut en couleur, qui ont tous une « dominante » révélatrice des problématiques de notre société : la jeune musulmane radicale, l’alcoolique, la star du X, les lesbiennes, le transexuel, etc... je crois que personne n’est oublié ! Cela donne des personnages légèrement caricaturaux, monomaniaques, pas assez « variés » pour être crédibles (nous avons tous tellement de facettes dans la réalité, c’est toujours curieux en littérature de croiser des personnages aussi entiers, guidés par une seule passion, ou définis uniquement par leur addiction). 

    Et puis il y a ce moment où tout le monde converge vers Vernon Subutex, dans le parc des Buttes Chaumont. Des amis plus ou moins proches, des gens de toutes origines, qui n’ont rien en commun, vont se lier d’amitié, se retrouver autour de lui. J'ai vraiment aimé me retrouver au milieu de cette communauté insolite, souffrante, qui se serre les coudes et se soutient ! 

    Virginie Despentes écrit d'une plume cash, trash, directe, franche, j'ai noté tellement de "citations" que j'ai eu du mal à les sélectionner. Il y a des passages d'anthologie ! Elle m’a fait rire et sourire avec son humour à la Houellebecq, cynique, décalé et sans concessions, sur l’amour en particulier, même si je l’ai trouvée moins fine, souvent excessive.

    Un second volume où perce une certaine joie de vivre, l’espoir renaît après la lente descente aux enfers, la solitude désespérante décrite dans le tome 1. Cette fois, place à l’entraide et aux amitiés improbables ! Je suis curieuse de lire le troisième opus qui vient de sortir…

 

    Citations

    Il s’était mis à regarder le ciel et ça lui avait occupé la journée.

    La pluie est tombée pendant des heures (…). Les promeneurs mettront du temps à revenir. Il n’y a que des joggeurs autour d’eux, qui semblent avoir attendu, embusqués dans les fourrés, de pouvoir jaillir et haleter comme des torturés. Il y en a, on voudrait les arrêter tout de suite, au nom du bon sens, tant il est évident que ce qu’ils s’imposent est dangereux pour leur santé. (…)

    — Ça ne tiendrait qu’à moi, j’interdirais le parc aux sportifs, ils nous saccagent l’ambiance.

    Ça le fait rire, Charles, les gens qui font des enfants en pensant que c’est une assurance vieillesse. Il a l’âge d’avoir observé qu’on ne fait que nourrir des vautours impatients. Personne n’aime les vieux, pas même leurs propres enfants.

    Personne ne se demande si ça leur plait de se faire choper par les couilles à tout bout de champ, pas plus qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont les moyens de payer la pension alimentaire qu’on leur impose…. Tout est sur le même mode. La masculinité c’est « bande et raque » sans alternative.

    Patrick ne sait pas trop comment s’y prendre pour la consoler sans qu’elle s’imagine qu’il la drague – la meuf est chaude comme de la braise, il faut la jouer fine pour être gentil sans qu’elle s’imagine des trucs.

    — Je le savais que t’étais amoureux de moi… tu m’as cassé deux dents un jour. On collait des affiches pour le Scalp et t’as volé le balai pour m’en mettre un coup dans les gencives.  Tu te souviens ou pas ? J’ai tout de suite senti qu’il y avait de l’amour entre nous.

    C’est vrai qu’il disait ça tout le temps « le jour de la révolution » (…). Il a un sentiment de défaite absolue. C’est un mot qui a organisé sa vie, un mot comme un soleil autour duquel il tournait. Et ça ne s’est pas passé. Toutes les conditions étaient réunies, mais c’est autre chose qui est arrivé. Et si quelqu’un la fait aujourd’hui, ce sera sans lui. (…). Ce sera quelque chose que les gens de son âge ne comprendront plus. Les damnés de la terre ont changé de visage, et du passé dont ils veulent faire table rase, Patrice fait autant partie que les institutions corrompues.

    A-t-on jamais entendu parler de quelqu’un qui fasse un pacte avec un ange ? Jamais. Les anges ne font pas de deal. Le problème de la rédemption, c’est que c’est comme de passer du crack à la camomille : on se doute que ça a des vertus, mais sur le coup, c’est surtout vachement moins ludique.

    Bien des comportements adoptés à l’adolescence, entrent en déconfiture à l’âge mur, et elle attrape des états d’âme comme d’autres souffrent de rhumatismes. Elle est arrivée au bout de son pacte avec le mal. S’obstiner serait se mentir.

    Ses ex petites amies étaient indulgentes. C’était ce genre de garçon que les filles aiment bien – il les faisait rêver. Il ne tenait pas ses promesses, mais les avait, visiblement, rendues plus heureuses qu’elles ne l’avaient jamais été auparavant. Princesses de quelques semaines, elles avaient la reconnaissance du ventre et ne lui en voulaient pas de les avoir brisées.

    Anaïs ne pose aucun problème. On ne pense qu’aux filles qui font chier. Celles avec qui tout va bien, qui sont toujours là où on les cherche, qui mouillent dès qu’on les touche, qui jouissent en tremblant comme une feuille, qui ne demandent pas quand est-ce qu’on se revoit au moment où on met sa veste, ces filles là occupent rarement les pensées.

    Le chagrin d’amour est plus douloureux, une part d’irrationnalité entre en jeu, c’est vite obsessionnel, ces conneries-là. Insoutenable. Mais ça passe vite, et ne laisse aucune trace. Une meuf ça se remplace.

    Si l’on veut se mettre en couple, l’important c’est d’être réaliste. Une fille mettable, qui fasse à bouffer, qui n’a aucune habitude dégoutante et te supporte tel que tu es, sans chercher à te mettre au pas et te faire aimer les légumes verts, on ne peut pas en demander plus à l’amour. (…). Pour être heureux en amour, Loïc a compris depuis longtemps qu’il s’agit avant tout de se contenter de ce que l’on trouve sur la table. L’amitié, elle, ne supporte aucun arrangement.

    Ils s’aimaient au début. (…). Tout le monde s’emmerde, après quelques années. (…). La grande variable, c’est l’effort de mise en scène, pour la galerie. Il y a des couples qui sont restés amoureux de l’effet qu’ils produisent en société. Tant qu’il y a un public, ils continuent de faire semblant.