colette

 

    Je crois que j’en ai déjà parlé par ici ou sur Facebook : j’alimente peu à peu un recueil de nouvelles intitulé « Corps de métiers » : une histoire par métier ! J’ai déjà écrit des textes avec un kiné, un gynécologue, un menuisier, un directeur d’entreprise, un boulanger - certains sont publiés ici d'ailleurs, d'autre attendent encore un destin incertain. Il en manque plusieurs à mon palmarès, en particulier, l’autrice érotique, comment ne pas y avoir pensé plus tôt 😉


***


    Elle tape nerveusement sur son clavier, fébrile, et se tortille sur sa chaise, de plus en plus excitée. Elle invoque ses fantasmes les plus débridés, les plus dark pour raconter une histoire torride, et ça finit par lui faire de l'effet ! Son excitation prend le dessus sur sa concentration, mais elle n’a pas le temps de s’arrêter pour se donner du  plaisir, les phrases et les idées se bousculent dans ses pensées. Vite, les noter fiévreusement avant qu’elles ne s’échappent, tout en serrant les cuisses. Mais son excitation s’accroit encore, l’orgasme n’est plus très loin, il couve dans son ventre, il ne demande qu’à exploser et irradier tout son corps.
    C’est à la limite du supportable, elle va finir par jouir comme ça, par le seul pouvoir des scènes qu’elle imagine. Elle finit par lâcher son clavier, sa main se glisse toute seule sous sa jupe, un doigt se faufile sous sa culotte. Elle se connaît bien, son doigt ne tâtonne pas, il se pose directement au bon endroit, il l’effleure doucement, le caresse en de petits gestes rapides. Elle sent qu’elle perd pied, sa respiration s’accélère et elle jouit en quelques secondes, sans même avoir pris le temps de se jeter sur son lit, toujours assise devant son ordinateur. Un orgasme quasi immédiat, très bref, qui la laisse un peu sur sa faim, mais c'est toujour ça, elle va pouvoir se remettre au travail !
    Elle n’a pas pris le temps non plus de tirer les voilages, son plaisir venait trop vite. Son voisin d’en face prenait justement sa pause cigarette, il ne perdit pas une miette du spectacle, accoudé à son balcon, attiré par la vision de cette main s’agitant sous la jupe à demi relevée. Il pouvait presque deviner le sexe entrouvert, rose et luisant, pulsant autour des doigts…
Son sexe s’érige devant cette scène entrevue, le voilà agité de pensées lubriques. La dame doit être frustrée de n’avoir eu que ses doigts pour se satisfaire ! Il va lui proposer bien mieux... Il repère l'étage de son appartement et s’élance vers son immeuble. Il ne réfléchit pas, il saisit sa chance, il trouvera bien une excuse !

    Ding-dong !
    L’écrivaine sursaute, interrompue dans ses fantasmes, agacée. Qui peut bien sonner à cette heure-ci, elle n’attend personne. Méfiante, elle demande à travers la porte.
    — Qui est-ce ?
    — Heu, un voisin, j’habite la résidence moi aussi…
    Elle ouvre la porte, inquiète. Il y a eu un vol dans les caves peut-être ? Un dégât des eaux ?
    — Je suis dans l’immeuble d’en face, et j’étais au balcon quand vous vous êtes… vous voyez ?
   Elle rougit vivement. Elle est en train de vivre un mauvais film X !
    — Vous n'avez rien de mieux à faire qu'espionner les gens ? En fait, je travaille, là !
    — Ce n'était pas intentionnel, je vous le promets... C'est le hasard... et il fait parfois bien les choses ! Je peux vous aider peut-être, dans votre… travail ? ajoute-t-il malicieusement.
    Elle éclate de rire, confuse.
    — Bon, de toute façon, c’est fichu maintenant, je ne vais jamais réussir à me concentrer à cause de vous… j’écrivais…
    — Quoi donc ?
    — Des textes… érotiques !
    — ça doit être drôlement excitant d’écrire ce genre de trucs !
    — C’est surtout censé exciter les lecteurs, mais parfois, les auteurs sont pris à leur propre piège…
    — J'aimerais beaucoup vous lire...
    Elle hésite, gênée ; montrer ses écrits, c’est un peu comme se mettre toute nue, surtout quand il s'agit de textes détaillant ses fantasmes les plus intimes. Le grand sourire de son voisin a raison de ses doutes, elle lance une impression et lui confie les feuilles avant de changer d’avis. Après tout, ce sera bien d’avoir un avis extérieur, il pourra lui dire s’il trouve son texte bandant.
    Il n’a pas besoin de le lui dire, la bosse sous son pantalon parle pour lui ; elle n’en finit pas de gonfler. Elle ne peut s'empecher de loucher discrètement dessus. La voix de la raison lui souffle de virer cet intrus de chez elle avant que ça ne dégénère, mais elle rêve que ça dégénère justement… Elle pourra ensuite raconter ce qu’elle a vécu ! Plus besoin d'inventer, elle écrira directement ses souvenirs, façon journal intime, ça ira plus vite. Sans le dire à ses futurs lecteurs, évidemment ! En plus, il est pas mal du tout ce voisin, canon même.

    Elle retire ses lunettes, enlève sa barrette et secoue ses cheveux, avant de s’approcher de lui comme une somnambule. Il lève les yeux vers elle, étonné, n’osant croire à sa chance. Qu'est devenue la dame à lunettes avec son chignon ? Il se retrouve face à une bombe qui lui jette des regards enflammés et le tutoie.
    — Je te préviens, je suis autrice, tout ce que tu dis et fais peut se retrouver dans mes histoires !
    — Je veux bien être ton héros !
    Elle lève les yeux au ciel.
    — Mon héros, rien que ça...
    — Bon, OK, un simple personnage de roman, même un personnage secondaire si tu veux, le temps de quelques pages…
    Elle se met à rire. Elle a l’impression de rêver, de discuter avec un ami imaginaire. Mais la chaleur de ses bras autour d’elle est bien réelle, et ses baisers aussi. Elle est parcourue de frissons, de vagues brûlantes ; elle sent qu’elle le désire de toutes ses forces. Elle a joui trop vite tout à l’heure, le soulagement fut de courte durée. Tendue de désir, elle défait les boutons de son chemisier, et lui présente ses seins. Il s’empresse de les prendre en bouche, tout en lui retirant son chemisier, son soutien-gorge. Elle tente de mémoriser l’enchaînement de ses gestes, des caresses, des mots doux et crus échangés, afin de tout retranscrire ensuite, dans l’ordre. Mais elle ne peut se concentrer longtemps. Il a dégrafé sa jupe, descendu sa culotte, et se penche, posant ses lèvres directement sur son sexe.
    Elle oublie tout, ses personnages, son histoire en cours, son texte à rendre… Elle s’agrippe à la tête du garçon, et l’arrime à sa tâche. Qu’il ne s’avise pas de s’éloigner maintenant qu’il a commencé à la lécher ; elle veut jouir encore, et pleinement cette fois !

    - Photo : film Colette