Julies et jim

   J'ai pris du retard dans mes retours de lectures ! Deux livres parus à La Musardine reposent sur ma table de chevet, me font de l'oeil, et me donnent des idées d'histoires : Osez draguer un mec de Flore Cherry et Osez le candaulisme d'Eve de Candaulie... Comment résister ? Je laisse mon imagination vagabonder et j"invente une histoire qui mêle candaulisme et abordage de garçon ;-), en attendant de vous en dire plus sur ces deux guides indispensables !
    (Pour les rares innocents qui traînent par ici, le candaulisme est le fait d’aimer regarder sa partenaire faire l’amour avec d’autres, ou d'aimer simplement le savoir)

 ***

   

Osez pratique candaulisme    Alexandre n’a pas toujours été candauliste, loin de là, ni Marine une épouse infidèle avec les encouragements de son mari ! Cela s’est fait progressivement, peu à peu, une fois l’ivresse de l’amour passion dissipée, quelques années de vie commune ayant enfin apaisé le désir qu’ils avaient l’un de l’autre.
    Progressivement, leurs fantasmes prennent un nouveau tour, Alexandre imagine sa femme dans les bras d’un autre homme, il lui souffle ses idées tout en l’aimant fougueusement. Marine rit, elle tente de le faire taire en le pressant contre elle, le désir fouetté. Son imagination s'envole, les fantasmes d'Alexandre deviennent les siens et ne la laissent plus en paix.
    Plus émoustillée que jamais, elle sollicite son mari jour et nuit pour des câlins, des baisers, des étreintes, son désir décuplé par ces fantasmes hors normes. Marine a tellement besoin d’amour, de tendresse, d’attentions, elle n’en a jamais assez… Elle a besoin de faire l'amour aussi, de crier de jouissance, le plus souvent possible. Alexandre adore la faire jouir, de ses mains, de sa langue, il la trouve si belle quand son corps se tord de plaisir, mais il fatigue un peu, il sent qu’il ne va pas suffire à la tâche. Il a du travail qui l’attend. Et il veut lire aussi, regarder l’actualité, dormir… quand sa tendre épouse, elle, ne pense qu’au sexe. Il n’en peut plus, c'est décidé, il va la convaincre de s’offrir à d’autres, pour lui, pour son plaisir, en espérant qu'elle jouisse bien avec tous ces inconnus ! Leur fantasme va enfin prendre vie. Ils l’évoquent depuis si longtemps, c’est comme s’il y avait déjà un autre homme entre eux quand ils font l’amour !
    A cette pensée, Alexandre étreint sa femme, fort ; elle lui échappe déjà, il le sent. Son sexe s’érige, il l'enlève dans ses bras pour la porter jusqu'à leur lit. Il l'aime comme aux premiers jours, jamais rassasié de sa peau, le cœur serré, son sexe caracolant en elle. Tout est sur le point de basculer, leurs fantasmes se réalisent, Alexandre le veut, il n'a aucun doute, malgré le pincement de jalousie qui lui mord le cœur. Il murmure son projet à l’oreille de son épouse, il la sent se tendre, elle commence à jouir, elle ne peut rien lui refuser à ce moment-là, tant l'envie de jouir pleinement se fait impérieuse, c’est le moment de tout lui dire : elle va prendre des amants, il en a envie, elle fera l’amour avec d’autres, aura plein de plaisir avec d’autres... elle lui racontera tout ensuite ! Et son envie d'elle n'aura pas de fin...
    Ils en parlent longuement, blottis dans les bras l’un de l’autre, apaisés par l’orgasme. Alexandre s’enthousiasme, ses yeux brillent d’excitation, il s’enflamme, mais il peine à convaincre Marine, inquiète des conséquences. C'est une chose de fantasmer en toute insouciance, c'en est une autre de passer à l'acte ! Marine proteste toujours, de plus en plus faiblement, craignant d’abuser, de le blesser. Son intimité reste trempée, béante d’attente, Alexandre y glisse ses doigts et sourit « Ta petite chatte en a déjà envie on dirait ! ». Marine avoue, oui elle est tentée, c’est vrai, à une condition, elle veut être certaine de ne pas le perdre.
    — Tu ne me perdras pas, je te le promets !

    Les amants d’une nuit défilent, les soirées libertines les plus excitantes s’enchaînent, lui offrant des partenaires sans visage, vite séduits, vite oubliés, interchangeables. Marine s’amuse, s’éclate, ressent plein de désir, jouit souvent, vole de soirées en soirées, exaltée et infiniment reconnaissante envers son généreux mari. Ils vivent une seconde lune de miel, elle lui raconte ses frasques sur l'oreiller quand elle rentre au petit jour. Son mari l’attrape, toute moite encore de ses ébats avec d’autres, parfumée de leur désir. Il est tout émoustillé par ses récits, follement amoureux à nouveau, il la pénètre doucement, avec précaution ; elle s’est trop donnée, elle n’en peut plus. Son intimité toute sensible n'aspire qu'au repos, avant de se réveiller sous la langue aimée.

    Au fil des mois, Marine finit par se lasser de ces soirées qui se ressemblent toutes, des libertins trop pressés, bâclant les préliminaires, anxieux de la prendre vite, sans égards, soucieux de leur plaisir avant tout, et du sien de façon aléatoire. Même quand elle croise d’excellents amants, elle ne souhaite pas les revoir, ils n’ont pas eu le temps de nouer des liens suffisamment forts, ils l’encombrent à peine ils se séparent. Elle n’a rien à leur dire, répond rarement à leurs messages.
    L’ambiance lourde des clubs lui pèse de plus en plus, elle supporte mal le manque d’attention, de tact, de finesse, les tentatives de séduction qui se résument souvent à une main aux fesses, quand ce n’est pas directement entre ses cuisses. Elle se dérobe de plus en plus souvent à ces approches trop directes. L'avidité des libertins, leur brusquerie parfois, leur façon de la traiter avant tant de négligence finit par la bloquer : elle ne veut plus y retourner, elle a besoin d'un break, de faire autre chose.
    Est ce qu’elle est devenue plus susceptible, plus délicate avec le temps, une fois l’excitation de la découverte passée ? Elle ne rêve que de douceur, elle décide de s’octroyer une pause, et se confie à son mari. Alexandre est désolé, il la réconforte de son mieux. Bien sûr, elle doit suivre ses envies, ses instincts. Il ne comprend pas ce qui s’est passé, elle aimait tellement ces soirées, et lui ses récits ! Comment peut-elle y renoncer ? Il la convainc d’y retourner une dernière fois, pour tenter de mieux comprendre ses réticences.
    — Tu pourrais rester près du bar, observer les comportements, les rapprochements, identifier ceux qui t’importuneraient, repérer les plus galants, faire ton choix à distance, foncer vers l'heureux élu ensuite…
    — Oui, c’est une bonne idée, car sinon ce toujours les hommes les plus ardents qui viennent vers moi, sans me laisser le temps de respirer... j'ai besoin de temps, d'échanges de regards, d'être séduite, au lieu d'être emportée à la hussarde ! Finalement, je préfèrerais un homme plus réservé, plus doux sûrement, mais les timides n'ont pas la moindre chance de nous approcher...

Osez-draguer-un-mec

    Marine choisit une tenue sage ce soir-là, son dernier soir peut-être, histoire de décourager les ardeurs. Elle s’installe comme prévu sur un tabouret du bar, bavarde avec le barman qu’elle connaît bien, sirote son mojito en balayant la piste de danse du regard. En fait, c’était une très mauvaise idée, elle ne voit rien, elle n’a pas gardé ses lunettes. Elle voit très bien son voisin de comptoir en revanche, il est très mignon d’ailleurs. Elle lui adresse un sourire et lève son verre, comme pour trinquer avec lui. Contre toute attente, il se met à rougir ! Marine se retient de rire, mais qu’est-ce qu’il fabrique celui-là dans une soirée libertine avec sa tête de premier de la classe ! Elle est curieuse, son mojito lui donne le coup de pouce nécessaire pour l'aborder : 
    — Bonsoir, c’est votre première fois ici ?
    — Heu, oui, Florent, enchanté !
    — Et moi Marine… personne ne vous mangera ici, tout le monde est là pour s’amuser, se faire plaisir, donner du plaisir…
    Florent se met à rire, il se détend, et se confie à sa jolie voisine. Il ne connaît pas les soirées libertines, il est venu en curieux, avec une cousine qui n’a pas froid aux yeux et qui voulait lui faire découvrir ce monde, il paraît qu'il est trop timide avec les filles. Elle a déjà disparu dans les coins câlins depuis un long moment, il n’a pas osé la suivre.
    — C’est délicat tu vois, en famille, ça ne me dit rien...
    Marine s’étrangle de rire dans son mojito, imitée par Florent, plus embarrassé que jamais. Elle est ravie de rire, de bavarder, elle commence même à ressentir un peu de désir au creux de ses jambes. Il n’a pas l’air pressé de l’emmener, elle aimerait bien pourtant, oui, lui, elle le suivrait ! Peut-être hésite-t-il à cause de la fameuse cousine qui rode...
    Elle va faire ce qu’elle n’a jamais l’occasion de faire, les hommes s’empressant de s’en charger les premiers - ce qu'elle n'a jamais osé faire en réalité -, le premier pas :
    — On ne va pas passer la soirée au bar, viens, il faut se jeter à l’eau ! Tu n’as pas envie de danser, la musique est super non ?
    Elle le prend par la main et l’entraîne. Il se laisse faire, ravi d’être tombé sur une bonne fée dès sa première soirée.
    Ils ne se quittent pas de la nuit. Marine est aux anges, un libertin selon ses vœux, empressé, mais peu pressé, prévenant, attentionné, à l’écoute, tourné vers elle, lui offrant autant de caresses et de bisous qu’elle le souhaite, mais sachant aussi se montrer un amant bien fougueux quand elle le veut ! Enfin un homme qui ne la dévore pas goulûment en quelques minutes, mais la déguste lentement, entièrement, prend tout son temps, ignorant la frénésie environnante. Peut-être pour la garder juste pour lui jusqu'au bout ? 

    Il ne se laisse pas oublier si facilement celui-là, et pour une fois, Marine répond aux messages qui tombent en pluie sur son téléphone. Ils se revoient, souvent. Et ce qui devait arriver arriva, tous les autres amants sont définitivement renvoyés aux oubliettes, elle ne pense plus qu’à retrouver celui-là dans le chaud cocon d’un lit douillet.
    Son époux candauliste voit d’un œil amusé et indulgent cette relation exclusive, cette espèce de passion adolescente, mais il n’y trouve pas son compte. Les récits manquent de sel à présent, ils sont moins extrêmes, moins excitants, ils sont seulement sensuels, et même... romantiques ! Il tente de convaincre sa femme de retourner à ses premières amours, il lui rappelle de bons souvenirs, cite les meilleurs amants dont il se souvient, les orgies incroyables du passé... mais comment rejoindre des libertins quand on est adorée comme une déesse, pourquoi quitter le paradis, se forcer à vivre autre chose de plus violent, de plus direct... Marine secoue la tête, elle est enchantée de son nouvel amant, il a éclipsé tous les autres. C’est trop tard, il a mis la barre trop haute, aucun ne lui arrive à la cheville. Il n’y a plus de retour en arrière possible, elle ne va tout de même pas s’obliger à redevenir libertine, ce serait le comble ! Ou seulement une fois de temps en temps peut-être, par curiosité, pour voir, et retrouver l’excitation de l’inconnu à défaut du plaisir…
    Alexandre soupire, son fantasme est lié au désir de son épouse, il doit la laisser le vivre à sa manière... mais il connaît sa femme, pas certain qu’un seul homme lui suffise ! Lui n’a pas réussi, pas longtemps en tout cas.
    Il est frustré cependant, il va lui demander plus !
    Puisqu’elle ne veut plus le satisfaire par le nombre de ses amants et l'intensité de leurs étreintes, elle va le satisfaire autrement : il va lui demander de filmer ses ébats avec son tendre amant, et de lui montrer les films.
    Et un jour, il viendra les regarder.

 

    Photos : Film Jules et Jim, Guides La Musardine