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   J’ai toujours aimé les stylos-plume, la publication récente d’une amie sur Facebook me l’a encore rappelé.
   Son nom déjà, « stylo-plume », nom paradoxal pour un outil équipé d’une pointe d’acier effilée comme une épée ! Souvenir des temps anciens où l’on écrivait avec une plume d’oie…
   Le tenir en main, apprécier la sensation, et frétiller déjà à l’idée de glisser sur le papier au gré de l'inspiration ! Le papier choisi compte aussi, il doit être doux comme les cahiers Clairefontaine de mon enfance, blanc sans être trop cru, avec des lignes espacées juste ce qu’il faut, et une image de couverture inspirante et positive... Et oui, je suis une fétichiste des carnets 😉… et des stylos-plume ; cet objet phallique que l’on suçote à l’occasion afin que jaillisse les idées, et l’encre bleue imprégnant la blancheur virginale d’une page immaculée, transpercée sans répit par la pointe d’acier.
  
   Je les choisis avec soin, ils doivent être légers, pas trop épais ni trop gros, — je parle toujours des stylos-plume ^^ —, je ne m’intéresse qu’à ceux destinés aux lycéens et étudiants, les plus luxueux aggravent mes tendinites avec leur poids. Je préfère qu’ils pèsent à peine entre mes doigts et méritent enfin leur nom, pour les oublier, me concentrer sur l’essentiel : l’écriture.

   Je me lance, la première phrase est toujours la plus difficile, et puis je prends de l’assurance, mon stylo-plume écrit tout seul, au fil de mes pensées. Il se charge de tout, je ne réalise pas vraiment que j’écris, je ne fais qu’imaginer.
   Les mots bouillonnent en un torrent, avant de s’apaiser, prendre leur rythme, s’étendre au long cours sur la page blanche. Une rivière de mots serpente, s’agite, une histoire se dessine, des personnages peuplent ses rives, prennent vie, se lancent dans diverses aventures, avec des tours et détours, des chutes, des cascades, des lacs paisibles, des tourbillons, des vagues, des tsunamis, des assèchements et des inondations… et beaucoup de tâches d’encre et de ratures !
   Les mots débordent, la rivière sort de son lit, manque de me submerger. Je me noie dans un océan de mots qu’il va falloir ordonner, corriger, supprimer, pour contenir le flot et arriver à bon port : le point final.

   — Bon, la réalité est bien plus prosaïque, je tapote surtout sur un clavier, mais chut, ça le fait moins coté poésie, fantasmes tout ça…

    C'est un amour de toujours remonte très exactement à la classe de CM2. En cette lointaine époque, le passage dans la cour des grands comportait un rite initiatique attendu avec impatience : on laissait de côté le bic, pour apprivoiser le stylo-plume et ses tâches d'encre, ses ratés, flanqué de son alter ego, son antidote qui nous sauvait la mise : l'effaceur ! (je l'ai aimé aussi celui-là, malgré sa mauvaise odeur et ses trâces jaunâtres !).
   Je me souviens encore de ma joie un peu sadique quand mon stylo-plume tombait en panne sèche, ce petit rituel de déflorer les cartouches d'encre consentantes, les enfoncer bien, clic, sans oublier de conserver la bille à l'intérieur des cartouches terminées. 


  Un grand merci au Dormeur du Vol pour l'illustration ! Je ne résiste pas à recopier ici son commentaire :

   L'encre, le sang de l'écrivain, de l'illustrateur fantastique Gustave Doré aux les illustrations érotiques de Leonor Fini, Crepax, ou Manara... La plume qui caresse les formes d'un corps sur le papier, ou celle qui va tracer la courbe d'un O dans le mot amour.
   L'ancre, qui nous attache aux mots, aux livres, qui nous délivrent et nous livrent à l'auteur, infini bonheur d'écrire et de lire tous les délires. Ceux de l'amante à l'eau, teintés de bleu, plume trempée dans la rivière sans doute ;)

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