menuisier

   Cela fait longtemps que je n'ai pas mis à jour ma série sur les "fantasmes". En voici un, très classique, sur les artisans qui viennent travailler chez nous. Ils sont peintres, menuisiers, électriciens... Ils se présentent dès potron-minet, nous surprennent en nuisette sexy, une tasse de café à la main, bredouillant des excuses sur le réveil qui n'a pas sonné.
   Ils vivent avec nous le temps des travaux, des liens se créent, forcément, au fil des confidences et des cafés partagés.

   Histoire presque vraie ;-)

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   Dans ma salle de bain, le peintre est juché sur son escabeau. Le bras en l’air, il peint le plafond, son tee-shirt se soulève et dévoile un début de ventre musclé à souhait.
   Dans mon salon, le menuisier à genoux découpe méticuleusement des étagères. Son bras nu guide les va-et-vient de la scie, et finit par me donner des idées.
   Pendant que ces deux hommes suent sang et eau pour moi, je fantasme, une histoire érotique digne des heures de gloire du X flambe dans mes pensées. Il ne manque que le plombier dans la cuisine, montrant ses fesses !

   Bientôt, ils veulent sortir prendre leur pause cigarette, et je leur propose, de ma voix de velours :
   — Il pleut, restez, ça ne me dérange pas du tout...
   Je leur prépare un café, et je les regarde savourer leur cigarette, tremper leurs lèvres dans le café, en me demandant comment les convaincre de se mettre torse nu. Quelle idée de faire des travaux en hiver ! S’il faisait chaud, ils seraient déjà à moitié nus, luisants de sueur, maniant leurs outils, pinceau, scie, marteau... travaillant les matières, le bois, la laque, emplissant mon appartement de poussières, de senteurs mâles et chimiques.
   Je laisse la conversation sur la météo mourir, me contentant de les regarder fixement, évaluant mes chances. Après tout, je ne risque rien, je ne les reverrai jamais ; les travaux touchent à leur fin.
   Ils terminent leur café, leur cigarette. Ils s’agitent sur leurs sièges, indécis. Ils devraient peut-être se remettre au travail... Je ne vais pas les laisser faire. Sans leur demander leur avis, je leur ressers deux tasses fumantes, et lance un nouveau sujet de conversation.
   — Je suis curieuse, ça vous arrive parfois d’être dragués par des femmes au foyer ?
   Ils rient, un peu nerveusement, car ils sentent le piège se refermer autour d’eux. Et moi je me demande lequel je vais croquer en premier.

 

    Photo : tableau de Laure Martin "Menuisier"