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  J'ai décrit mes ressentis et mes impressions lors de ma première expérience de shibari. Mon encordeur s'est prété au jeu et a écrit le récit de son point de vue.
  On raconte la même histoire, les mêmes péripéties, d'un côté et de l'autre des cordes. Moi, je m'abandonnais entre ses mains et ses cordes, lui est dans " l'action ", la maîtrise des gestes, la technique des noeuds :

***

   Nous avions un peu échangé avant de nous revoir à cette soirée Hell O Kinky. Je connaissais ton envie de cordes, aussi je t’ai naturellement demandé si tu souhaitais faire une session tout de suite. Tu voulais attendre un peu, puis tu t’es ravisée. Allons-y !

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   Après la phase de négociation, j’ai commencé à t’attacher. Je désirais le faire doucement, afin que tu puisses prendre le temps de sentir et de tout ressentir. Cela te permettrait, je l’espérais, de donner de la vie à ton fantasme de te retrouver du point de vue de l'encordée (Je lui avais dit que je voulais connaître ces sensations, pour mieux les décrire dans mes nouvelles. N.d.a). Comme c’était ta première session, je souhaitais que tu ne perdes pas le contact avec moi – ni moi avec toi. Je me plaçais de façon à ce que l’on puisse toujours se voir.
   Nous étions en début de soirée, il y avait encore peu de monde. La petite salle où les tatamis étaient installés donnait sur le couloir principal. Dans la pièce, entre nous, dans notre bulle, régnait une énergie étrange, belle, nous isolant. À deux, nous étions seuls et pour ma part, je m’amusais.

    Un peu plus tard, tes bras étaient repliés sur ton épaule gauche. Je te fis basculer de la position assise à allongée. Je voulais ajouter un objet. Il y avait aussi des ballons de baudruches à disposition. J’en saisis un que je plaçais sur ton ventre, avant de ramener ta jambe sur celui-ci, faisant attention à ce qu'il n'explose pas. A chaque tour de cordes, je prenais plus d’assurance, sans oublier de vérifier que tout aille toujours bien. Tu m’assurais de ta confiance. Je m’enhardissais, et fis passer les cordes ici et là, sur tes bras, sous eux, entre eux, et en lien avec les celles qui te contraignaient les jambes…

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   Pour moi, encorder et câliner, c’est à peu près la même chose.
   Sauf que les cordes permettent un plus long câlin.
   Sauf que les cordes permettent un plus gros câlin.
   Sauf que les cordes agrandissent le cocon.
   Et comme tous les câlins, il s’agit de se faire plaisir, mais aussi, de faire plaisir à l’autre… et que l’autre se fasse plaisir !

   Trois spectateurs sont arrivés et ont regardé tandis que je commençais à te détacher. J’enlevais une première corde, puis une autre. Je prenais mon temps. L’un d’eux, opérant une petite fracture dans notre bulle, m’a demandé s'il s'agissait d'une démonstration. Ce que ce n’était pas. Ils repartirent, et moi je plongeais à nouveau en ton regard.
   Je défis un premier harnais, celui qui se trouvait à ta jambe droite. Je cherchais l'extrémité d'une nouvelle corde. Je commençais à l’enlever lorsque je me rendis compte que je venais en fait de retirer une liaison entre deux cordes – un nœud en forme de tête d’alouette en langage technique. Heureusement, j’avais réalisé des frictions qui permettaient de bloquer la tension à plusieurs autres endroits. Si les deux cordes avaient perdu toute leur force d’un coup, le modèle aurait pu souffrir de se sentir comme abandonné. Grâce aux frictions, je pus défaire tes cordes comme si de rien n'était.
   Et puis, ça restait la première fois que tu essayais les cordes. Aussi, pour ne pas se quitter sur cette note un brin désagréable, en tout cas pour moi, je te proposais de nouvelles choses : les cordes dans les cheveux, les cordes sur le visage, et je passais une corde sur ton cou. Tu eus plusieurs types de réponses. Tu testais, nous nous amusâmes encore un peu ensemble. Enfin, je te libérais définitivement.

   Nous étions dans la troisième phase, l’aftercare, ce moment plus câlin entre le modèle et son rigger. Moment particulier, où le modèle finit de redescendre et où ils débriefent la session. J’étais bien avec toi, et j’étais moi aussi parti loin. Je confesse ne plus trop me souvenir de ce qu’on a échangé alors, tout s'était bien passé. Une question peut-être : je te disais que j’avais mis quatre cordes autour de toi, parce que je n’en avais pris que quatre – mais chez moi, j’en possédais douze. Tu m’amusas en te demandant ce à quoi pouvait ressembler un corps avec douze cordes sur lui, imaginant quelqu’un de « momifié ». Il faudra essayer !

   La soirée continuait. Tu repartis vers la piste de danse, et moi, boire au minimum un bon verre d’eau – les sessions, ça assoiffe !

 

                                                                     Gasparope

   Photos : Daniel Power
   Récit : Gasparope