992-RENOVATION-DES-HALLES-DE-BIARRITZ-5   Je feuillette mes carnets de vacances plein de textes en désordre, je vais les distiller peu à peu sur mon blog...(ils ne seront pas forcément érotiques, les vacances ne furent pas constamment propices aux rêveries sensuelles, à mon grand dam ;-) )
   Pour commencer, le récit d'une première fois, mais pas celle à laquelle vous pensez : la première fois où l'on aime les huîtres !

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    Elle est ravie de retrouver un ami parisien dans sa ville de vacances du Sud-Ouest. Trop amusant de se revoir hors contexte ; lui vêtu d’un bermuda et d’une chemisette à fleurs, bronzé et détendu, elle avec sa mini robe blanche et son chapeau de soleil.
    Elle lui propose un café en terrasse, mais il aime toujours autant la taquiner, la bousculer. Il secoue la tête, s'offusque pour la faire rire.
    — Ah non, on ne va pas prendre un café classique comme à Paris, tu ne vas pas faire ta bourgeoise ! Viens, suis-moi, on va aux halles déguster des huîtres ! Quoi, tu ne l’as jamais fait ? C’est typique pourtant, à l’heure de l’apéro…
    — Heu, je n’aime pas trop les huîtres...
    II ne l'écoute pas, il l'entraîne déjà vers les halles, dans la partie réservée aux produits de la mer. Il a gardé son énergie intacte, son pouvoir de conviction auquel elle ne résiste pas. Il s'accoude au comptoir, en terrain conquis, connu de tous. Il prend ses aises, fait rire la vendeuse et commande deux formules : 6 huîtres et un verre de vin blanc. Elle soupire : elle se sent écoutée, ça fait plaisir ! Un petit rappel s’impose :
    — Tu te souviens de ce que je t’ai dit, je n'aime pas ça, tu les mangeras toutes, tu es sûr ?
    Il la regarde avec des yeux écarquillés, incrédule.
    — Quoi ! Tu n'aimes pas les huîtres ? Ce n'est pas possible...
    Il secoue la tête, choqué, il faut être fou pour détester les huîtres, elle passe vraiment à côté de quelque chose, le paradis sur terre ! Elle rit.
    — A ce point ? D'accord, je vais en goûter une, mais tu ne m'en voudras pas si je n'aime pas, d'accord ?
    — L’essentiel, c’est d’essayer !
    Magnanime, il commande des anchois marinés en plus.
    — Tu aimes ça au moins, les anchois ?
    — Oui ! On s’installe où ?
    Elle lève les yeux, il y a des tables à l’étage, en mezzanine.
    — On reste là, on mange directement sur le comptoir ! C’est comme ça qu’on fait, sauf quand il y a foule...

 vin-blanc-huitre-marennes-oleron-cite-de-lhuitre-marennes   D'abord une gorgée de vin blanc frais pour se donner du courage, avant d’ingurgiter la visqueuse bestiole. Le vin est délicieux, minéral et acide juste comme elle l’aime ! Ça va déjà mieux, elle examine une huître, légèrement incommodée ; ça ressemble vraiment à... Ne pas juger sur l'apparence ! Elle se demande par quel bout la prendre, comment ça se mange - elle ne s'est jamais intéressée à la question, les rares huîtres déjà goûtées étaient préparées dans une cuiller à son intention.
    — Ça se gobe ou il faut mâcher ?
    ll lève les yeux au ciel, il faut vraiment tout lui apprendre, et se lance dans des explications dignes de la cérémonie du thé au Japon.
    Après quelques essais infructueux et rappels à l'ordre, elle maîtrise la méthode : d'abord vider l'eau, puis décrocher l'huître délicatement, mais sûrement, avec le côté de la petite fourchette, vider l'eau à nouveau, presser le citron dessus, avant de faire glisser le tout directement entre ses lèvres.
    Déguster... se laisser emporter par la vague d’eau salée qui éclate dans sa bouche en mille gouttelettes d’écume, mmmmmm ! Une explosion de saveurs iodées et citronnées l’envahit et ravit ses papilles. C'est divinement frais, elle a l’impression de plonger nue dans l'océan, de respirer à plein poumons l’air vivifiant du bord de mer, avec en plus cette pointe de citron qu'elle adore plus que tout. Un concentré d’océan et d'air marin en une seule bouchée !
    Les huîtres sont avalées prestement les unes après les autres, entre deux gorgées de vin blanc qui lui tournent agréablement la tête. Son ami se régale lui aussi, il savoure ses huîtres en fermant les yeux, avant de la pointer du doigt et héler la serveuse en riant.
    — Dire qu’elle croyait qu'elle n'aimait pas, et voilà qu’elle attaque les miennes !
    — Il faut goûter chaque année, explique la vendeuse, on peut détester plusieurs années de suite, et un jour, on ne sait pas pourquoi, le coup de foudre !   

   C'est fini, les huîtres ont été dégustées jusqu’à la dernière, elle repart le cœur en fête, émerveillée par cette découverte gourmande, légèrement éméchée, gardant en bouche le souvenir délicieux de leur saveur iodée. Demain, elle reprendra le chemin des Halles, rayon poissonnerie. Accoudée au comptoir, elle s’offrira une pause gourmande, en solo cette fois !
    C’est fou d’aimer ça à ce point, d’un seul coup, après des années de léger dégoût…  Deviendrait-elle lesbienne ? Aimer les huîtres, c’est aimer lécher dit-on ! Elle a d'ailleurs toujours considéré d’un œil intéressé les hommes se régalant d'huîtres bien iodées, nullement incommodés par leur consistance qui en rebute tant.
    Elle ralentit son pas, et se met à contempler les jolies vacancières qui arpentent les rues des vacances, jambes nues et cheveux au vent.

 

     Photos prises sur le net (en attendant que j'y retourne)