Je crois aux coïncidences, au hasard, mais je lui donne un coup de pouce aussi ! Ainsi, j’ai accroché deux porte-clefs à mon sac : un masque de Venise, témoin de mon intérêt pour l’érotisme, et un mini fouet trouvé chez Dèmonia, un signe discret aux amateurs de bdsm.
    Pour l’instant, en dehors de mon entourage proche, personne ne s’est senti interpellé, mais ça ne m’empêche pas de fantasmer et d’inventer des histoires, surtout quand je prends le train toute seule...

***

IMG_2245    Seule enfin pour quelques jours de vacances !
    Céline a décliné les invitations de ses amis, leur sollicitude l’écœure. Son compagnon vient de rompre, elle préfère rester seule, lécher ses plaies en cachette, se retrouver, et aussi, pourquoi se le cacher, rencontrer des inconnus, au lieu de s’apitoyer sur son sort... Tout oublier dans l'ivresse des sens ! Elle n’en peut plus des questions plaintives de ses copines « alors ça va, c’est pas trop dur ? », des confidences gênantes « tu as bien fait de le quitter, je l’ai jamais senti ton mec... ». Céline voudrait se boucher les oreilles, elle va s'empresser de tourner la page, à sa manière.

    Elle s’installe pleine d’allégresse dans le train, son sac bien en évidence avec ses deux porte-clefs évocateurs à la vue des voyageurs. Ils vont lui porter chance, elle compte sur leur aide pour faire des rencontres ! Leur magie ne devrait pas tarder pas à opérer, à moins que ce ne soit son charme, conjugué à l’effet de son décolleté plongeant et de sa jupe trop courte. Elle fixe effrontément les hommes les plus sexy du wagon. Peine perdue, ils sont tous plongés dans leur téléphone.
    Tous sauf un, qui n’hésite pas à lui rendre ses regards et esquisser un demi sourire. Céline se sent nerveuse, elle a la bougeotte, elle se lève et se dirige vers la voiture bar. Bingo, l’homme ne tarde pas à lui emboîter le pas, il n’est pas timide celui-là ! Tant mieux, après tout, son voyage en train ne dure que trois heures.
    — Bonjour mademoiselle, je peux vous offrir un café ?
    Mademoiselle… Céline a envie de rire ! Elle sait bien qu’elle accuse son âge, mais ça lui est égal. Jeune fille, le moindre bouton la complexait au point de se terrer chez elle, mais à présent, elle avance dans la vie toutes rides dehors !
    — Avec plaisir, merci...
    — Ces voyages en train sont interminables ! Les gens ne pensent qu’à consulter leur portable… C’est pourtant l’occasion de faire des connaissances… Je me présente, Julien, enchanté !
    — Céline ! Je suis d’accord avec vous, j’aime mieux bavarder dans la « vraie vie » moi aussi... Discuter autour d’un café, c’est impossible sur Facebook.
    — Pour l’instant… Nos regards se sont croisés tout à l’heure, cela m'a donné le courage de vous aborder, et j’ai remarqué quelque chose aussi.
    Il fait un mouvement de tête vers son sac, pointant ses porte-clefs. Céline sourit.
    — Vous êtes observateur ! Une petite private joke avec moi-même, un clin d’œil aux connaisseurs… une prise de risque aussi peut-être !
    — Ces symboles me parlent, j’avoue, le petit masque en particulier... bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, je suis libertin ! Je ne vous choque pas j’espère ?
    — Oh non pas du tout !
    — Et vous, vous l’êtes aussi ?
    — Non, moi j’écris des nouvelles érotiques, je fantasme beaucoup, mais je ne pratique pas, je suis simplement croyante si je puis dire ! Vive la liberté de vivre nos désirs comme on l'entend !
    — Et pourquoi vous contenter de rêver, vous allez le regretter ! Je vais vous proposer quelque chose d’osé, j’en ai conscience, mais ce masque libertin doré m’y invite clairement.
    Il serre le porte-clefs dans sa main un instant, effleurant la cuisse nue de Céline doucement au passage, un peu trop longtemps pour que ce soit dû au hasard. Céline est parcourue de frissons, elle tente de rajuster son chemisier pour cacher son décolleté, se tortille, tire sur sa jupe, avant de se raisonner. N’est-ce pas ce qu’elle voulait, vivre des aventures pour se consoler ? Qu’est-ce que c’est que ces pudeurs de jeune fille ! La curiosité l’emporte, comme toujours, elle ne peut s'empêcher de le questionner.
    — À quoi pensez-vous ?
    — Une aventure torride, un coup de folie ! Vous, accrochée au lavabo, moi, vous prenant par derrière, sauvagement, agrippant vos hanches pour vous pénétrer…
    Céline éclate de rire, à la fois gênée et conquise par l’ardeur de Julien.
    — Mais où ça ? Quand ?
    — Tout de suite ! Dans les toilettes, venez !
    Bizarrement, le mot « toilettes » douche l'enthousiasme de Céline et tue dans l’œuf le frémissement de désir qui se manifestait au creux de ses jambes.
    — Heu, les toilettes... non merci, vraiment, sans façon…
    Céline se lève déjà, elle court se réfugier à sa place.
    Elle se plonge dans son portable, évite soigneusement de lever les yeux et, à la réflexion, retire le porte-clefs doré de son sac. Il ne reste plus que le mini fouet, pouvant passer pour un pompon aux yeux des néophytes. Est-ce qu’il va lui réserver une surprise lui aussi ?

    Céline aime découvrir les villes à travers leurs cafés.
    Elle repère les places pleines de charme, les rues animées, les bords de mer… Elle s’installe aux terrasses de café les plus accueillantes, et observe les passants, les hommes surtout, tout en sirotant son breuvage. Cette fois ne fait pas exception à la règle, à peine ses bagages déposés, elle arpente déjà la ville balnéaire à la recherche de son futur QG.
    Celui-là fera parfaitement l'affaire, avec sa terrasse ombragée sur une rue piétonne. Elle dépose son cahier devant elle, mordille son stylo pour se donner une contenance. Elle ne travaille pas en réalité, passionnée par le spectacle de la rue, l'incessant ballet des vacanciers en route vers les plages, chargés de seaux, de pelles, ou d'une planche de surf. Elle regarde leurs tenues, surprend des bribes de dialogues. Des idylles se nouent, des drames se jouent, milles histoires défilent sous ses yeux, elle n'en connaîtra jamais la fin. 
    Un homme a remarqué son manège, il lui sourit. Elle a l’air seule, et quelque chose l’intrigue, ce porte-clefs qui pend à son sac. Un peu trop long pour être un pompon, on dirait qu'il reproduit un martinet en miniature. Elle lui jette des regards en coulisse, semble l'encourager. Il s’approche et désigne du doigt son porte-clefs.
    — Bonjour ! Voilà qui m’évoque quelque chose !
    Il s’en empare, et fait mine de se frapper la paume de la main en lui faisant un clin d'oeil provocateur. Céline se retient de rire. Un soumis ! Et il l’invite à user de son martinet sur lui, ça ne fait aucun doute. Elle le regarde droit dans les yeux, d’un regard qu’elle espère autoritaire, et opine légèrement de la tête. Ils se sont compris.
    Il se montre charmant, lui offre une glace, d'autres cafés, avant de lui proposer de venir chez lui pour vivre une séance. Il est en vacances lui aussi, il n’a aucune obligation, c'est une chance incroyable de se retrouver dans la même petite ville, en partageant des goûts si particuliers. Sa proposition est alléchante, il ne ménage pas sa peine pour la convaincre.
    — Je m’occupe de tout, vous n’aurez rien à faire, juste à vous abandonner, je vous promets beaucoup de plaisirs…
    Un soumis aux petits soins, qui se mettra à son service toute une après-midi, c’est tentant ! Céline acquiesce et finit par se laisser entraîner.
    Son appartement est tout proche, le mini bar bien équipé. Il lui offre un verre, ils trinquent, complices. Céline se prépare à vivre un moment de bien-être.
    — J’aime beaucoup les massages, suggère-t-elle, histoire de lui donner des idées.
    Mais au lieu des douces caresses espérées, il lui tire brusquement les mains en arrière, du métal froid blesse la chair de ses poignets, elle entend un clic. Des menottes. Céline se débat, proteste.
    — Mais arrêtez, qu’est-ce que vous faites à la fin !
    — La séance vient de démarrer, vous me faites confiance ? Je vous veux vraiment abandonnée, et pour vous aider à lâcher prise, je vous attache. Les pieds maintenant !
    — ça suffit, délivrez-moi tout de suite !
    Il a l’air stupéfait.
    — Bien sûr, pas de soucis ! Vous étiez d’accord pour une séance, je n’ai pas rêvé ?
    — Oui, mais une séance où c’est moi qui vous domine ! Je ne suis pas du tout soumise, je suis dominatrice, je pensais que vous alliez vous mettre à mes pieds…
    — Ah non, moi je suis dominant… J’aurais pourtant juré que vous étiez soumise, c'est un malentendu...
    Céline se sauve déjà, mortifiée, écourtant les explications foireuses de ce… maître. Il n’a pas le charisme de l’emploi, c’est le moins qu’on puisse dire, elle n’a pas soupçonné une seconde sa méprise. Elle devrait en rire, mais elle se sent furieuse contre elle-même. Dépitée, elle enlève d’un geste sec le mini martinet de son sac.

    Le lendemain, elle choisit un porte-clefs en forme de cœur en peluche très douce et l’accroche à sa bandoulière. Elle s’attable dans un nouveau café, et rêve, caressant sa petite peluche rouge. Elle espère attirer un vacancier avec ce message subliminal, un homme romantique cette fois si possible, s'ils existent encore...