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    Dans un salon cosy, trois dominatrices prennent le thé avec des macarons, tout en échangeant sur leur sujet préféré : les pratiques bdsm, les soirées, leurs soumis…
    Ceux-ci se tiennent respectueusement à distance, les yeux modestement baissés, prêts à bondir pour exaucer tout souhait de leurs maîtresses, que ce soit un café ou un massage des pieds.

 

    — Et toi Alice, raconte-nous, qu’est-ce que tu lui fais exactement à ton soumis ?
    Si Alice aime écouter, regarder, elle apprécie moins les questions, mais c’est le prix à payer pour passer un doux moment de complicité entre amies, et se régaler de leurs confidences : il faut se confier un peu à son tour !
    — C’est mon soumis de soirée, c’est un peu comme un cavalier de soirée, en mieux, en bien mieux ! Il danse avec moi, et il fait plein d’autres choses aussi, se montre aux petits soins pour que je passe la meilleure des soirées…
    — Ah bon ? C’est tout ce que vous faites, vraiment ?
    Laura la taquine, soupçonneuse.
    — C’est aussi mon soumis des réseaux sociaux, il like et commente plus vite que son ombre, craignant mon courroux, et pour ses fesses, sans doute… Mais je le voudrais plus, bien plus, tout le temps, quand j’en ai envie, qu’il s’incarne aussitôt dès que je le veux, tel le génie de la lampe !
    Ses amies rient, Alice espère qu’elles en resteront là. Vite, elle leur retourne la question :
    — Et vous, qu’est-ce que vous leur faites de beau ?
    Laura se lance :
    — Le soir, quand je souhaite me détendre, il me fait couler un bain comme dans les films, avec plein de mousse, des bougies, de la musique douce…
    Alice sourit, des idées lui viennent.
    — Mmmmm, c’est une bonne idée ! Moi je lui demanderais bien des massages quand j’écris : mes épaules, mon cou, mes pieds, mes jambes ; et aussi après l’écriture : mes mains, mes bras… Il me préparerait un dîner ensuite, avec toujours les éternelles bougies, la musique. Je le voudrais parfois en face de moi, tel le prince charmant, parfois à mes pieds, collé contre ma jambe, ou s’activant en cuisine.
    — Tu es romantique toi ! Le mien m’assiste dans toutes mes corvées : il m’aide à trier, ranger, c’est mon homme de ménage, mon assistant de direction, mon majordome, mon bricoleur, mon homme à tout faire quoi… raconte Elsa.
    Alice fronce le nez.
    — Je ne lui demanderais pas ce genre de choses, il me faudrait un deuxième soumis, corvéable à merci, qui aimerait l’humiliation, réveillerait mon côté sadique…
    — Je fais aussi appel à lui pour m’accompagner en virées shopping, ajoute Laura. Il m’aide à porter mes achats, je sollicite son avis non objectif sur telle ou telle robe, lui demande d’aller me chercher en rayons telle taille, tel modèle, sans quitter la cabine d’essayage, il me sert bien en périodes de soldes !
    Elsa glousse.
    — Toi tu es une fan de mode ! Moi je n’aime pas les courses, mon soumis m’accompagne pour visiter les expos qui me tentent, écouter mes groupes préférés en concert, regarder un film romantique girly ou un film de super héros, je n’aime pas aller au cinéma seule. Il repère les lieux, les horaires, joue les chauffeurs…

    Les filles s’emballent, elles ne contrôlent plus rien, elles rivalisent d’idées et parlent toutes en même temps, c’est à qui demandera le plus à son soumis !
    — Le mien, il supporte ma mauvaise humeur, il me tend même son bras musclé à mordre ou griffer pour me soulager de mes tensions, avec le sourire et des mots réconfortants !
    — Trop cool ! Moi l’hiver je glisse mes mains glacées sous son pull, son tee-shirt, à la recherche de sa peau chaude, je lui confie mon manteau, mon écharpe, mon bonnet, mes gants quand on sort, afin de garder les mains libres une fois arrivés dans le bar, l’exposition, le spectacle… Gare à lui s'il perd des trucs !
    — Je l’emmènerais bien au ski, le ski peut être source d’ivresse, on est grisées par la vitesse, on s’envole, mais il y a tant de côtés galères qui disparaîtraient comme par magie : porter ses skis par exemple ! Et le soir, quel bonheur de s’affaler sur le canapé après la douche chaude pour profiter d’un massage de mollets douloureux, un verre de vin à la main, non loin de la fondue qui mijote et réveille les papilles…
   — Un soumis c’est encore plus utile l'été je trouve ! Je l’enverrais prendre une douche glacée pour ensuite me rafraîchir à son contact, je lui demanderais de m’enduire de crème solaire à la plage, de m’éventer, d’aller me chercher une glace, une boisson fraîche, de m’aider à rentrer dans l’eau... mais sans m’asperger !
   — Ah oui, bonne idée ! Aller à la plage deviendrait un plaisir, enfin déchargée du parasol, des serviettes, du sac bourré de livres, magazines, crèmes… pour rien, puisqu’au bout d’une heure à jouer les lézards, j’ai la bougeotte et je donne le signal du départ…
    — Moi je vais à la campagne l’été, je le regarderais jardiner, tout en dégustant un cocktail, je lui demanderais d’arroser le jardin sans oublier le moindre arbuste, puis, ses missions accomplies, de me procurer un petit massage au soleil couchant, tout en chassant les moustiques…
    — Vous me faites rêver les filles ! Vivement les vacances qu’on en profite à fond, vous me donnez plein d’idées !
    Alice approuve.
    — J’ai noté plein de trucs moi aussi ! Ah, il va bosser maintenant le mien, fini la belle vie à ne rien faire ! Et, hum, sexuellement vous leur demandez quoi exactement ?
    Les filles chuchotent aux oreilles les unes des autres leurs secrets les plus sombres, elles gloussent et se tortillent de plus belle. Elles n’entendent pas la porte d’entrée claquer discrètement, plongées dans leurs messes basses érotiques, de plus en plus excitées.

    Elsa s’étire.
    — Vous voulez un autre café ? Chaton, tu nous prépares ça ? Chaton !! Ben, il est passé où celui-là encore ! Et vos soumis, ils étaient dans ce coin non ? Ils sont où ?
    Les dominatrices se redressent, inquiètes, et se lancent à leur recherche dans tout l’appartement, de plus en plus paniquées. Même celui d'Alice a disparu, alors qu'elle le croyait en train de fumer en douce sur le balcon. Elsa est la première à accepter la cruelle vérité en face.
    — Les filles, cherchez pas, ils ont eu peur, ils ont détalé comme des lapins, ils courent loin de nous et de nos exigences sans limites ! On aurait du les attacher au radiateur, à l'ancienne...
    Laura rit jaune, Alice sent son cœur se broyer d’angoisse. Elsa prend les choses en main.
    — On oublie le café, j’ouvre une bouteille de champagne ! Allez, pleurez pas mes chéries, on en trouvera d’autres ! ça nous apprendra à parler à tord et à travers comme s’ils étaient quantité négligeable ! Ils ont un coeur tendre après tout... et un poil dans la main on dirait !
    — Deux ans que je dresse le mien, que je le façonne à mon goût, et il est parti, comme ça, se lamente Laura… tu crois que c’est le jardinage qui l’a fait fuir ?
    — Va savoir ! Allez, on trinque et on les oublie ! Moi je vais me choisir une petite soumise la prochaine fois, les mecs, on peut pas compter sur eux ! Alice, arrête de lui envoyer des sms en cachette, si tu crois que je te vois pas, il va se sauver plus loin encore ! Redonne ta coupe plutôt, et causons de l’avenir, c’est quand la prochaine soirée ?

    Une demi-heure plus tard, trois soumis entrent sur la pointe des pieds dans l’appartement, les bras chargés de fleurs et de chocolats. Ils ont voulu faire une surprise à leurs maîtresses, et se faire discrets quand la conversation a pris un tour plus intime, chacune comparant leurs attributs virils et leurs talents sexuels variés. Sur un échange de regards, ils ont préféré les laisser seules au lieu de rougir comme des pucelles sous leurs compliments.
    Ils restent sur le seuil, bouche bée. Emmêlées dans les bras les unes des autres, leurs maîtresses rient à gorge déployée, tout en s’embrassant à bouche que veux-tu et se palpant les seins à qui mieux mieux.
    Ils s’approchent, fascinés, hésitant à se lancer dans la mêlée, et mettre à leur disposition leurs mains, leurs bouches, leurs sexes déjà dressés.

 

   Photo : ceci n'est pas une publicité pour le café Pouchkine, mais une tentative de mise en scène d'un goûter entre amies :-)