La fièvre du samedi soir

     Je sors régulièrement danser avec une amie dans une boîte très sympa, chaleureuse, accueillante, chic mais sans chichis.
    Mon amie cherche l'amour, moi je cherche... rien en fait ! Seulement m'amuser, danser, faire la fête, rire, nouer des amitiés d'un soir ou pour toujours... et faire taire ma mauvaise conscience en me persuadant que ça remplace le sport... Pas la peine d'aller suer sang et eau dans une salle malodorante si je me trémousse comme une folle deux à trois nuits par mois !
    J'ai envie de collecter les anecdotes qui s'y déroulent, pour mon blog, ou pour la future romance-qui-n'arrivera-jamais...

    Comme le dit le proverbe : "J'écris des histoires, tout ce que vous dites et faites peut se retrouver sur un blog ou dans un livre"


    ***

     L'autre soir, j'ai remarqué un homme,  il danse non loin de moi, vraiment bien, un vrai pro. Il a le rythme dans la peau, je ne peux pas m’empêcher de le regarder. Il finit par s’en apercevoir, il me regarde à son tour, sourit, avant de m’aborder, les yeux pétillants de malice.
    — T’es vachement mignonne ! Et tu peux me croire, je suis gay !
    J’ai envie de rire, le compliment ultime quoi ! Spontané, totalement désintéressé… Il fait très sombre, on n’y voit goutte, mais ça fait quand même plaisir.
    La musique pulse, nous emporte, le champagne délie les langues et nous libère de nos scrupules, de nos complexes… Je lui glisse à l’oreille.
    — Merci ! Tu danses super bien !
    C’est simple, on dirait Travolta. Toute honte bue, j’ondule devant lui, je m’amuse à danser comme lui. Enfin, j’essaie, telle l’éléphante s’ébrouant dans un marigot. Il ne se dépare pas de son sourire.
    — Tu es super sensuelle quand tu danses ! ça fait quoi d’être sexy au point que même un homo s’en rend compte ?
    — …

    Je reste coite, je me laisse entraîner dans un rock étourdissant. Sa main s’attarde sur mes hanches, mon cou, ses doigts pressent les miens, il me lance des œillades... Il est gay, je me sens en confiance, c’est juste amical, c’est comme si je dansais avec une copine, la poigne de fer en plus. C’est grisant de pouvoir m’amuser avec lui sans craindre de conséquences ou d'interprétations, de lui rendre sourires et pressions de mains, comme ça, juste pour le plaisir !
    Et puis, à la faveur d’une passe plus ardente que les autres, il me colle contre lui l’espace d’un instant, façon Tango, avant de me renvoyer au loin. Je rêve ou j’ai cru percevoir son érection ? Je me raisonne, je ne suis qu'une obsédée, la vraie vie, ce n'est pas comme dans mes histoires érotiques ! Il a sûrement un opinel ou un briquet dans sa poche. De grande taille.
    Nouvelle passe de rock collés-serrés, et cette fois, il ne me lâche plus. Ses yeux me dévorent. Aucun doute sur ses intentions secrètes.
    OK, j’ai capté : le coup du «gay », c’est une nouvelle technique pour mettre les filles en confiance, danser sensuellement en toute insouciance, se rapprocher, et, de fil en aiguille, les basculer dans un coin… J’hésite à m’enfuir à l’autre bout de la salle, mais je m'attarde, il danse trop bien, on ne croise pas tous les soir un danseur de rocks pareil !

    Je me contente de lui faire un clin d’œil, genre « je ne suis pas dupe », j’agite mon doigt sous son nez telle une maîtresse d’école, sous-entendu « que je ne t’y reprenne plus garnement ! » Il mime un air contrit de petit garçon pris la main dans le sac et rit de bon cœur, nous replaçant aussitôt sur le plan astral de l’amitié. Et puis, pour se faire pardonner, sceller notre rencontre, redémarrer à zéro, me faire oublier son approche foireuse en m'ennivrant... ou ne je ne sais quelle mauvaise raison :
    — Je t’offre un verre ?

    Photo : La fièvre du samedi soir