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   Alice, journaliste, vit une séance d'initiation au bdsm dans la Boutique Dèmonia, une séance qui a démarré ici, et se poursuit, sinon agréablement, du moins intensément ;-)

***

   Alice s’affaiblit cependant, elle a besoin d’une pause. Alex la détache, elle se laisse tomber dans ses bras. Il la dépose avec précaution sur le canapé en cuir et fouille dans sa poche.
    — Ouvrez la bouche.
    Alice sourit quand un morceau de chocolat répand ses saveurs sucrées sur sa langue, elle le croque avidement, avant d’en réclamer un deuxième. Alex lui refuse ce petit plaisir, il approche un verre d’eau de ses lèvres, de l’eau glacée d’une pureté de roche. Alice meurt de chaud, elle appuie sa joue brûlante contre le verre. Alex sourit, cela lui donne une idée. Il attrape un glaçon et le promène dans son cou, sur ses joues, ses bras, ses seins… La brûlure du glaçon sur son corps la fait se tortiller en tous sens, mais au moins, elle n’est plus au bord de l’évanouissement. Elle reprend ses esprits et des forces, de nouveau prête à le taquiner.
    — Un glaçon… ce n’est pas un produit de la boutique ça !
    — Vous en voulez encore des produits la boutique ?
    Alice s’entend dire oui, d’une toute petite voix. Elle est sans doute un peu folle, elle a testé tant de choses déjà, que lui reste-t-il à essayer qu’elle puisse endurer ! Alex la rassure.
    — Les produits de la boutique c’est bien, mais il ne faut pas oublier notre propre corps... Nos mains par exemple font un accessoire bdsm idéal pour les fessées ou l'étranglement, et permettent en plus d’accroître progressivement les sensations, pour le dominant comme pour la soumise !
    Alice frémit, la sensation d’étouffer, c'est sa pire phobie. Alex poursuit, ignorant sa brusque pâleur.
    — Les mains suffisent dans un premier temps, pas besoin des masques compliqués, vous me faites confiance ?
    Alice hoche la tête, peu rassurée. Il enlève son collier de soumise et pose ses mains autour de son cou. Il ne serre pas, mais ses mains restent là, entourant son cou, pressant doucement, la massant délicatement, lui communiquant à la fois une sensation de contrainte et de protection rassurante. Elle se sent faible à nouveau, sous l’effet de cette poigne de fer qui ne la lâche pas, et lui prodigue de divines sensations. Les mains libèrent son cou, et vont se promener ailleurs.
    — Rien ne vaut les mains à mon avis... ne le dites pas dans votre article ! Si vous le permettez, je vais vous montrer. Les amants « vanille » manquent cruellement d'imagination !
    Effectivement, au-delà des massages et des caresses, les mains peuvent chatouiller, pincer, griffer, pétrir, malaxer, effleurer, tapoter, frapper, réchauffer… toute une gamme de possibilités qui alternent sur sa peau et lui donnent le tournis.

    Alex interrompt la danse de ses mains. Il ne doit perdre de vue son objectif, lui présenter les accessoires de la maison.
    — Il reste encore plein de choses à tester, la boutique est vaste et recèle des trésors ! Les pinces à sein, la roue à pics, les plugs, progressifs eux aussi...
    2018-03-16 14Alice secoue la tête, rouge de confusion.
    — Heu, merci, une autre fois peut-être... Les cordes par contre me tenteraient bien, j'ai vu que vous en vendiez aussi. Je crois que j'ai un truc avec les contraintes... le martinet m'a bien plu, mais être attachée, aveuglée, étranglée... tout ça m'a vraiment fait un effet incroyable ! Moi qui me croyais claustrophobe pourtant, c'est fou non ? On remet sa vie entre les mains de quelqu'un, on doit lui vouer une confiance aveugle, c'est le cas de le dire... enfin, peut-être pas à ce point, mais vous voyez ce que je veux dire !
    Alex voit tout à fait. Les yeux d'Alice brillent d’enthousiasme, ils lui crient « attache-moi encore, je veux aller plus loin, je veux éprouver ces sensations à nouveau !». Il ne répond rien, il ouvre un placard, en sort des cordes rouges, beige.
    — Oh, vous savez attacher ?
    — Un peu, on doit maîtriser tous les produits que l'on vend, je me suis donc entraîné au shibari.

2018-03-16 14    Alice se crispe tandis que la corde se glisse comme un serpent autour de sa poitrine, s'enroule plusieurs fois, dessinant des motifs compliqués. Ses mains sont plaquées derrière son dos, liées elles aussi. La corde se resserre peu à peu autour de ses seins en une étreinte passionnée, avant d'entourer son cou, à la façon d’un col roulé. Alex est tout proche d'elle, elle sent son souffle sur sa peau. Il la manipule comme une poupée, entortillant les cordes autour d'elle en un cocon serré qui l'emprisonne, l'enferme peu à peu, la serre fort. La corde monte encore, elle va couvrir son nez, sa bouche, ses yeux... Alice sent un début de panique l'envahir, elle respire plus vite, et Alex devine qu'il a atteint ses limites. Il termine rapidement son ouvrage et enlève le bandeau de ses yeux avant de lui tendre un miroir.
    La journaliste écarquille les yeux, elle se reconnaît à peine. Elle se tient très droite, aidée par son corset de cordes, ses seins sont complètement écrasés sous le tressage, un peu à la mode du 18e... Elle a un port de reine, elle se sent bien, ainsi maintenue, avec les cordes qui pénètrent ses chairs. Des fourmillements naissent dans ses mains, et Alex ne tarde pas à dénouer quelques liens.
    — On pourrait maintenant vous suspendre, vous faire tournoyer dans les airs, mais je ne le ferai pas, regardez, vos bras commencent à s'insensibiliser, vous devez sentir un début d’engourdissement non ?  
    Alex promène ses doigts sur sa peau endolorie. Alice ressent des picotements électriques courir sous sa peau, elle laisse échapper un gémissement. Il la délivre en quelques instants, les cordes volent autour d'elle, avant de chuter sur le sol. Il frictionne vigoureusement ses bras pour faire revenir la circulation, et pose son pull sur ses épaules nues.
    — Ce n'est pas le moment d'avoir froid !
    Il est temps de clore la séance, elle doit redescendre sur terre, redevenir la journaliste consciencieuse et appliquée qui remonte ses lunettes sur son nez.

2018-03-16 14

    Alice ravale sa déception, c'est déjà fini. Elle se sent toute nue sans les cordes qui la serraient de près, elles lui manquent déjà. Elle voudrait souffrir encore, ressentir, qu’il torture son corps savamment pour lui faire éprouver des sensations incroyables et merveilleuses, qu'il la malmène avec art, raffinement...
    Ce qu'elle vient de vivre n’a rien à voir avec la façon dont ses amants s'occupent d'elle. Ils ne s'intéressent qu'à ses seins, son sexe, quand lui vient de jouer de tout son corps en virtuose, le sollicitant entièrement.   
    Alice réalise seulement qu'Alex s'est changé lui aussi, elle le reconnaît à peine. Il porte un masque de cuir noir, une sorte de loup qui apporte une touche de mystère, elle ne voit que l'éclat de ses yeux. Il est torse nu, de magnifiques tatouages celtiques s'entrelacent sur son poitrail, ses épaules, ses bras musclés. Plusieurs martinets pendent à sa ceinture. Alice détourne les yeux, tente de rassembler ses idées. Elle aurait préféré garder son bandeau, il ne lui facilite pas la tâche ! Elle s’éclaircit la voix.
    — Merci pour cette séance, j’ai bien intégré je crois le bdsm...
    Alex sourit sans rien dire, il n'a fait qu'entrouvrir la porte ! Mais il va s'en tenir là pour ce soir. Lui aussi doit reprendre pied avec la réalité et ses distances. Ils doivent sortir indemnes de cette séance, sans séquelles ni conséquences.
    — Une petite coupe de champagne pour vous remettre ? On en a toujours au frais ici !
   Alice accepte avec reconnaissance, encore bouleversée, oui, une coupe lui fera du bien. Elle trinque avec son initiateur, la solennité de la séance se dissipe dans les bulles. Elle se met à rire sans raison, le champagne ajoute la gaîté à toutes ses émotions.   

    Alex enlève son loup, enfile son tee-shirt gothique ; le dominateur cède la place au webmaster. Alice doit se résoudre à redevenir journaliste. Elle rend la robe à regret, un peu nostalgique déjà des moments intenses qu’elle vient de vivre.
    — Maintenant, j’ai du pain sur la planche avec mon article, j’ai de quoi écrire un roman ! Merci en tout cas de m’avoir montré l’offre de la boutique... J’avais les yeux fermés, mais j’ai bien tout retenu. Dans l'ordre, j'ai testé le martinet avec les lanières en daim, les lanières en cuir dur, le paddle, la cravache... et ensuite c’était quoi déjà ?
    — Une badine… Il existe tant de choses à découvrir ! C'était juste une introduction au sujet... Vous connaissez le chemin, il ne faut pas hésiter à revenir si vous avez envie de poursuivre, hum, vos recherches… Vous avez aimé ?
    — Heu, oui, vraiment, merci… Bon, on se revoit à la nuit Dèmonia alors !
    Alice écourte les adieux, elle s'enfuit sans demander son reste. Recouvrer la vue et sa liberté de mouvement lui rendent sa timidité et sa gaucherie naturelle. Vite, retrouver la solitude de son appartement, son cher ordinateur, repenser en toute quiétude à cette soirée.
  

2018-03-16 15  Le lendemain matin, une surprise attend Alex : Pierre est assis à sa place, les bras croisés. Son air goguenard ne présage rien de bon.
    — Salut Alex ça va ? T'as pas oublié un truc hier soir par hasard ?
    — Non, je ne pense pas... la lumière ?
    Alex est certain d'avoir éteint, ce n'est pas ça... il a dû laisser traîner quelque chose. Toutes les possibilités défilent dans ses pensées : les coupes de champagne, les accessoires…
    Pierre éclate de rire :
    — La caméra de vidéosurveillance !
    Quelle tuile ! Alex prend sa tête entre ses mains, accablé, il va en entendre parler pendant des mois, les collègues vont pas le lâcher !
    — Heu, je vais t'expliquer, ta journaliste, elle voulait expérimenter le bdsm pour de vrai, s'immerger à fond, elle est journaliste terrain, tu vois...
    — Ouais, je vois très bien… bon, la prochaine fois, demande-lui si tu peux prendre des photos au moins, tu sais où je range mon appareil, ça avait l’air sympa votre petite séance, et elles pourraient servir pour notre blog…
     Pierre se lève et gratifie Alex d'une grosse bourrade virile dans le dos.
    — Bon, et maintenant, au boulot ! Je te paie pas pour initier les journalistes en mal de frissons !

 

Prochaine séance : La Nuit Dèmonia 

 

    Photo en noir et blanc : Boutique Dèmonia, autres photos : Clarissa, avec leur aimable autorisation