photo couv Cédrik coupée

   Fantasme du soir...

    Mon soumis s’est faufilé sous mon bureau, il s’est assis, sagement. Il me masse les pieds pendant que j’écris une nouvelle : une histoire de soumission, une relation intense, fusionnelle, entre une dominatrice et un soumis. Je vis en temps réel ce que j’écris, je peins avec mes mots ce que je ressens, en ajoutant quelques rubans et fioritures, déformant, embellissant la réalité.
    L'héroïne de mon histoire est romancière, elle écrit sans relâche, pendant que son soumis s’occupe de ses pieds avec docilité.
    Le mien est joueur en revanche, il n’est pas comme son alter ego imaginaire. Il ne tient pas en place, finit par s’ennuyer, là, à mes pieds, bercé par le cliquetis des touches sur le clavier. Cela fait trop longtemps que je le néglige, je suis en train de l’oublier, perdue dans mes récits. Il s’enhardit, prêt à subir mes foudres, impatient même. Ses doigts remontent le long de mes jambes, effleurent le creux de mes genoux… Il me chatouille, m’agace, mais je ne veux pas lâcher mon ordinateur, je pianote de plus belle à toute vitesse.

    Dans mon histoire en miroir, mon héroïne a arrêté d’écrire, elle saisit son soumis par les cheveux pour plaquer sa tête entre ses jambes. Il comprend tout de suite ce qu’elle attend de lui.
    La réalité rejoint la fiction, il ne s’agit plus d’un jeu, d’une mise en scène destinée à m’inspirer. Je m’incarne pour de bon dans mon récit, fusionne avec mon personnage, je deviens cette dominatrice impitoyable avec son soumis d’une abnégation sans bornes.   

    Le cliquetis des touches devient irrégulier, sporadique, avant de s’arrêter tout à fait. L’ordinateur ne bourdonne plus, il se met en veille. Le temps semble suspendu, le silence emplit les lieux, seulement troublé par les doux lapements du soumis et les gémissements de l’écrivaine.