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    Un petit scénario inspiré d'une photo que j'aime beaucoup, prise par Adam Proust, à l'occasion de la soirée Eros et Camélia... (il s'agit d'un détail, pardon aux amis que j'ai coupés !).

    Il y a toute une histoire dans cette photo, et même l'histoire éternelle, celle de toute ma life ou presque ;-) : on est attiré par des personnes qui en regardent d’autres... (enfin, pas toujours, heureusement !)

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    Laurie, Christelle et Jean se voient rarement, pris dans des filets professionnels et familiaux, dont ils cherchent souvent à dénouer les liens qui les étouffent. Ce soir-là, ils se sont organisés pour participer à une soirée costumée. Il est déjà tard, ils ont festoyé, tournoyé, trinqué...  Ils décident d'immortaliser leurs retrouvailles en posant à leur tour dans le studio photo improvisé au fond du grand salon. Jean laisse galamment la place sur le sofa à ses amies, et se tient debout devant elles. Harmonies de noir, de blanc, mystères des masques vénitiens... un parfum de libertinage flotte dans l'air. Le photographe devient fébrile, il voudrait capter l’ambiance entre ces trois-là, il perçoit quelque chose dont eux-mêmes n’ont pas encore conscience. Il les retient après la "photo souvenir", et les guide, les encourage. 

    — Serrez-vous plus, rapprochez-vous encore, Christelle, regarde Jean, Jean, penche-toi vers elle....

    Sous le regard professionnel du photographe, les trois amis s'amusent, s'enhardissent. La nuit, tout devient possible, surtout après quelques coupes de champagne et dans la pénombre des lieux. Leurs costumes, leurs masques les métamorphosent, leur permettent de jouer d'autres personnages, faisant fi de leurs caractères et relations dans "la vraie vie".

    Ils se prêtent au jeu de bonne grâce, endossent de nouvelles personnalités, plus sulfureuses, troubles ; ils deviennent acteurs, avant de s’émouvoir peu à peu, de goûter le jeu pour lui-même, au-delà du plaisir de suivre les injonctions du photographe. Bientôt, la fiction devient réalité, Laurie faisait semblant de vouloir caresser Christelle, maintenant elle en meurt d’envie ; Christelle jouait à provoquer Jean de son regard, elle ne peut plus détacher ses yeux de son visage. Jean riait, les taquinait, mais à présent, il devient mystérieux, solennel dans sa soutane blanche. Les voix s'éteignent, les sourires laissent place à des airs rêveurs, les rires à des soupirs d'envie.

    Le photographe ne parle plus, il n'a plus besoin de lancer des instructions, de suggérer de positions, ses modèles l'ont oublié. Ils bougent seuls, prennent la pose de façon naturelle, eux si gauches l'instant auparavant... Il se garde bien d'intervenir et mitraille sans interruption. Un drame est en train de se nouer sous ses yeux. Laurie se rapproche de plus en plus de Christelle, attirée par sa peau blanche qui semble si douce. Elle la frôle, ose enfin poser une main légère sur sa cuisse, la caresser, un geste qu'elle espère amical, complice, très tendre en réalité. Christelle ignore les effleurements de sa voisine, elle n'a d'yeux que pour le beau prélat, impressionnant avec son masque intégral. Il est magnifique, dégage une séduction magnétique. Elle voudrait se jeter à ses genoux, écarter les pans de sa soutane, le sucer pendant qu'il appose les mains sur sa tête... Elle se sent prête à adorer ce représentant d'un dieu, presque un demi-dieu lui-même... Elle s'empare de sa croix d'or, n'osant se saisir d'autre chose, et la porte à ses lèvres en un baiser passionné. Sa vénération ne fait aucun doute, Jean peut la lire dans son regard pur levé vers lui. Il avise Laurie, un peu mélancolique d'être délaissée par sa voisine. Elle lui plaît bien aussi, Jean les voudrait toutes les deux. Il voit bien que Laurie préfère les filles, et Christelle en particulier, mais il saura lui montrer combien les baisers des hommes peuvent être doux aussi, et leur langue patiente...

    Le jeune homme n'hésite plus, il se redresse, immense devant ces dames toujours assises, elles lèvent les yeux vers lui, indécises, que veut-il... Il leur prend les mains, les invite à se lever, avant de les entraîner à l'abri des regards.

 

    Photo : Adam Proust (détail)