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    Je reprends la série de mes fantasmes, trop longtemps délaissée, avec cette fois un fantasme haut en couleur : l’habitant « local », celui que l’on croise en vacances. Il est barman, réceptionniste, moniteur de plongée, serveur, vendeur d’excursions… il a la saveur de l’inconnu, de l’étranger, il possède une autre culture, une allure, une langue et une couleur de peau différente…  tout intrigue et attire…

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    Allongée sur un transat, les yeux mi-clos, elle savoure le début des vacances. Elle n’a aucun projet, elle se laisse aller à la douceur d’exister sous le soleil ardent. Elle alterne entre une page de son livre, une gorgée de son cocktail, un coup d’œil sur les nageurs qui s’ébrouent dans l’immense piscine… Elle se sent au paradis sous le soleil et les cocotiers. Un paradis artificiel, le même pour tous les touristes du monde entier ; elle pourrait aussi bien se trouver aux Seychelles, à l’Ile Maurice ou aux Maldives… La piscine, le bar, les distractions, le menu et les cocktails seraient sensiblement les mêmes. La "clubeisation du monde" dont parle Beigbeder. Seule couleur locale, le personnel, omniprésent, travaillant sans cesse pour qu’elle n’ait rien à faire, à son service, souriant et silencieux. Un peu trop pressant aussi parfois, quand il s’agit de vendre des souvenirs made in China ou des prestations not included, des excursions, des activités sportives et des émotions fortes en tout genre. Elle fait semblant de dormir pour éviter leurs approches faussement conviviales, trop agressives pour sa nonchalance, son souhait de paresser sous le parasol. Tous l’insupportent, la dissuadent avec leurs discours stéréotypés. Tous sauf un. Il est bien plus grand que ses collègues, il ne dit rien quand les autres sont de vrais moulins à paroles, il se contente de sourire et de montrer sa documentation. En fait, il ne parle ni anglais, ni français, ce qui limite quelque peu les échanges. Et cela change tout. Celui-là, elle aime bien l’avoir autour d’elle, elle apprécie sa présence discrète et souriante, elle le reconnaît de loin, lui sourit quand elle le croise, et bientôt, le cherche du regard, le guette.  

    Elle le regarde franchement pour tenter de comprendre ce qui lui plaît, pourquoi lui. C’est son sourire sûrement, un grand sourire, rayonnant, franc, et une certaine timidité, une retenue, une gentillesse, qu’elle ne sent pas chez les autres, blasés de la touriste européenne trop grasse, trop blanche et trop gâtée. Il se laisse examiner en souriant, il n’est peut-être pas si timide après tout parce qu’il lui prend la main, la serre fort et l’embrasse sur les deux joues. C’est à son tour d’être intimidée, elle rassemble ce qui lui reste de présence d’esprit, et se sauve au hasard dans les allées du club.

    Depuis, elle le croise tout le temps, sur la plage, autour des piscines, dans les bars, plus grand que tous les autres, plus calme, avec son sourire à faire fondre un iceberg ; il converge aussitôt vers elle et l’embrasse sur les joues avant de repartir. Elle voudrait le retenir, discuter, elle pourrait peut-être faire semblant d’être intéressée par la pêche au gros ou le parachutisme ascensionnel ? Comment lui dire qu’elle voudrait plutôt partir en excursion chez lui, dans sa chambre, explorer son corps d’ébène sous toutes ses coutures, se promener le long de ses pectoraux, de son ventre dur, ses jambes musclées…

    Plus que trois jours de vacances, son cœur se serre. Si peu de temps…

    Demain, elle lui tend ses lèvres ; après-demain les bras. Elle regrettera trop sinon de n’avoir pas goûté sa peau.

 

    Photo : ma vue pour quelques jours encore