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    Ayant des envies de Romance en ce moment (en écriture), je songe aux choses de l’amour, - et l’amour ne s’en sort pas très bien ;-)

    Toute notre enfance, on nous berce de contes de fées. Le prince charmant existe, d’ailleurs, il est déjà en chemin ! Il y aura sans doute quelques ronces, un dragon, des obstacles, mais à coup sûr, un prince charmant nous est destiné, il se présentera et nous éveillera d’un baiser.

    Après les contes de fées, on enchaîne sur la littérature classique, les comédies romantiques, des histoires d’amour encore et toujours.  

    L’amour y est tellement sacralisé, encensé, il apparaît comme la panacée, la quête du Graal, le but d’une vie…  

    Pendant longtemps, je ne me suis pas posée de questions, l'amour exclusif, infini, ce "modèle idéal" proposé par la société et la littérature, je le voulais moi aussi… Avec le recul, je trouve que la liberté a également de nombreux atouts, et l’amour, pourtant porté aux nues, a le défaut d’empiéter largement sur notre liberté et notre libre arbitre…

    SaganLa réponse de Françoise Sagan lors d’une interview m’a interpellée (voir photo ci-contre). Elle place la liberté au dessus de tout... Alors, les coups de foudre, au même titre que les accidents de voiture, ne sont que des entraves à sa liberté ... Voilà qui remet en perspective notre quête du grand amour, synonyme finalement de la perte de notre liberté... Est-ce qu'on n'accorde pas trop d'importance à l'amour, au point de se gâcher la vie parfois ?

   J'ai posté cette photo sur Facebook, avec mes questions. Une discussion animée s’est engagée, entre les inconditionnels de l'amour et ceux de la liberté, entre les "pro" et "anti" Sagan... et le tout m’a donné envie d’écrire un billet sur mon blog.

   En fait, je pense qu’il faut distinguer deux formes d’amour (au moins) : Je parle du point de vue d’une femme, un point de vue qui m’est plus familier ;-) , en plus, sans vouloir faire de généralisation rapide, je pense que les hommes ont cette faculté – cette chance ? – de mieux gérer leurs émotions, et de tout vivre avec une certaine placidité (enfin, pas tous...)

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     L’amour passion. On ne l’a pas forcément cherché, le coup de foudre nous tombe dessus sans qu’on n’y puisse rien et bouleverse tout sur son passage. Nous sommes tombées amoureuses, nous sommes cuites.  

    Notre perte de liberté est alors totale, pour notre plus grand bonheur, et sans le moindre regret. Le monde se met à tourner autour d’un seul homme : les messages qu’il nous envoie, les rendez-vous qu’il nous propose… Nous ne vivons que pour lui, par lui. Tout le reste s’est évanoui dans un brouillard épais, rien d'autre ne compte - ainsi, le cliché des amoureux s'embrassant sous la pluie-. On avait mille projets, centres d’intérêt, des activités, des amis avec qui on déjeunait, dînait… tout passe au second plan, on n’est plus dispo pour qui que ce soit, on veut rester libre comme l’air, au cas où l’on aurait une chance de le voir, et sinon, pour rêver de lui… on lit les mêmes livres que lui, les mêmes articles, on se découvre une passion soudaine pour le contrôle de gestion ou la seconde guerre mondiale, on veut fusionner de toutes les façons...  

    Nous évoluons dans un rêve éveillé, totalement improductives, béates, avec des fous rires sans raison, si ce n’est d’évacuer la tension qui ne quitte pas le creux de nos jambes.

    Cet amour-là est éphémère, il brûle comme un incendie, se consume, avant de s’éteindre au bout de quelques semaines, quelques mois, laissant un goût de cendres amer. Sauf s’il évolue :

 

    L’amour plus serein, profond, pour toujours. Notre coup de foudre s’est transformé avec les années, il s’est apaisé, on vit maintenant ensemble, il y a parfois des enfants… On recommence à avoir envie de sortir, danser, on voudrait connaître de nouvelles personnes, s’amuser… Mais notre conjoint peut ne pas voir d’un très bon œil cette envie de sortir sans lui. Il peut résister, craindre de nous perdre, qu’on fasse de « mauvaises rencontres ». Chaque sortie fera l’objet d’une négociation. Et même si notre conjoint nous laisse libre, nous encourage parfois, car il nous veut heureuse, nous devrons négocier avec nous-mêmes, car nous l’aimons, nous ne voulons pas abuser, nous avons des scrupules… et nous freinons nos envies. 

    Bien réfléchir à ses priorités, rechercher le difficile équilibre afin que chacun soit heureux, et que l'amour ne s'éteigne jamais. Tout le monde tâtonne et innove sur ce chemin : se lancer dans des activités qui nous sont propres, pour le plaisir de se retrouver ensuite, de raconter ; avoir son appartement à soi, pour ne pas partager le mauvais côté du quotidien (chaussettes perdues, etc...) ; opter pour le polyamour afin de vivre plusieurs vies à la fois ; libertiner pour retrouver toujours le plaisir des premières fois avec des corps inconnus et plus ou moins interchangeables... A chacun d'inventer la solution qui lui convient pour concilier amour et liberté - en accord avec son chéri, ce qui n'est pas forcément simple -  selon ses envies de liberté aussi (envies d'aimer, d'apprendre, de se ressourcer, d'avoir du plaisir, de voyager, de danser... )

    La perte de la liberté est là quoi qu’il arrive dès qu’il y a de l’amour, qu’il soit tranquillement conjugal ou dévorant - ou même maternel, mais ceci est un autre sujet -, autant en avoir pleinement conscience avant de s'engager !

 

   Pour aller plus loin :

   Philosophie magazine

   Philolog

 

   Photo : Film N'oublie jamais