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    Il sait tout de moi, mon adresse, mon numéro de téléphone, mon âge, celui de mes enfants, la date de mes dernières... Je ne sais rien de lui. Je suis allongée devant lui, poitrine nue, soumise à son bon vouloir. Je me sens vulnérable, indécente. Il me salue distraitement. Il ne s'intéresse qu'à mes seins, il ne voit qu'eux. Il les pétrit doucement et fermement à la fois, sur tout leur pourtour, avec un doigté qui réveille instantanément mon désir. Je me retiens de bouger, j'essaie de contrôler mon souffle, de penser à ma liste de courses. Il ne m'accorde pas un regard, il scrute son écran intensément, me palpant toujours divinement. Ses mains sont remplacées par un accessoire de métal recouvert d'un gel glacé. Il le fait courir sur ma peau, passe et repasse encore sur ma poitrine, la soulevant et la malaxant pour n'oublier aucune parcelle de peau. Mes pointes de sein se dressent et le désir me tord le ventre. Je laisse échapper un petit rire, seul moyen de soulager un peu la tension qui m'envahit. Mes joues sont en feu, je ferme les yeux, mord ma langue, et me maudis.

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    Il est beau comme un dieu avec sa barbe de trois jours. Le sosie parfait d'un mannequin Hugo Boss. Il pose sa manette et me regarde enfin dans les yeux avec un sourire radieux. "Tout va bien ! ". Et ces mots qui sonnent la fin de la récréation : "Vous pouvez vous rhabiller". Je lui serre la main et le dévore des yeux, profitant des ultimes secondes en sa présence. Des dizaines de femmes vont se succéder entre ses mains toute la journée, elles frétillent déjà d'impatience dans la salle d'attente. Moi, je ne le revois pas avant deux ans mon beau radiologue, et mon coeur se pince de regrets... A moins qu'il ne glisse un petit mot dans la pochette de mes radios...

 

   Tous ces médecins qui nous voient nues, nous palpent, nous auscultent, regardent, posent des instruments froids sur les zones les plus sensibles... se doutent-ils des émotions qu'ils nous procurent ? Sommes-nous encore des femmes vivantes -et vibrantes- pour eux ? ou juste des sujets d'études sans visage qui défilent sans fin, se deshabillent, s'allongent, se laissent faire... cela me trouble cette froideur médicale conjuguée à des mots si torrides "Deshabillez-vous", "Allongez-vous", "Détendez-vous".

 

    Photo : Gabriel Aubry

 

   (Aux filles only :

   J'ai hésité à poster ce billet insouciant, craignant de heurter celles qui ont eu moins de chance que moi lors de cet examen redouté... avant de le faire quand même, car finalement tout sujet peut se révéler blessant, et je n'ai pas envie de me censurer... Et aussi parce que je reste concernée, l'épée de Damocles est toujours suspendue au-dessus de ma tête.

   Nous sommes nombreuses à partager cette damnation, je pense à vous toutes et je vous serre dans mes bras ! )