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    Hier soir, lors des Ecrits polissons organisés par Flore Cherry, Eva Delambre nous a présenté son nouveau livre : L’éveil de l’ange. (paru aux Editions Tabous)

    Je ne voulais rater cet événement pour rien au monde, ayant beaucoup aimé ma précédente rencontre avec l’auteure (lire ici).

    Eva Delambre est apparue rayonnante dans un ravissant corset noir très cintré, une minijupe serrée, et un collier de métal autour du cou, aux côtés de son maître, grand, élégant, souriant. (Dommage, impossible de vous montrer des photos !)

   L’éveil de l’ange est un roman plus « soft », plus accessible que ses deux livres précédents.

   Devenir Sienne, son premier roman, est très épicé, il rassemble tous les fantasmes les plus forts de l'auteure, pas forcément réalisés à l’époque.

  L’esclave est une véritable déclaration d’amour à son maître, une sorte d’idéalisation de la relation entre un maître et sa soumise, des fantasmes de pratiques extrêmes, impossibles à vivre en raison des contraintes de la vie quotidienne.

  Eva avait envie cette fois d’expliquer ce monde à ceux qui ne le connaissent pas, de leur permettre de le découvrir et de le comprendre. Ses deux autres romans s’adressaient plus aux familiers des pratiques BDSM. Là, elle s’attarde mieux sur le cheminement psychologique de l’héroïne. Une suite est prévue : L’envol de l’ange.

 

    Eva Delambre et son maître se prêtent ensuite au jeu des questions réponses

    Comment un maître trouve t-il ses soumises ?

    Le maître d’Eva se présente comme un maître de « l’ancienne école ». Pour lui, un maître ne doit jamais venir chercher sa soumise. Les soumises viennent à lui, le traquent, le recherchent… un peu comme l’héroïne de L’esclave le fait au début du roman.

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    Se déclarer « maître » n’est pas une technique de « drague » ! C’est un don de soi, ce n’est pas un jeu. C’est un engagement total. Il faut se méfier des maîtres qui abordent et cherchent à séduire. Ce sont souvent des imposteurs.

 

    Est-ce qu’on l’on a tous une part de soumission en soi ?

   Je ne pense pas, nous dit Eva. On est soumis ou on ne l’est pas. Et si on l’est, cela ne s’exprime pas forcément.

 

    Comment être certain que l’on a trouvé « son » maître ?

   Tant que l’on doute, que l’on se pose des questions, c’est que l’on n’a pas trouvé son maître. Quand cela devient une évidence, que les doutes disparaissent, c’est Lui.  

 

    Communique t’on pendant les séances, échange-t-on des messages ?

   Le maître d’Eva reprend la parole.

   Non. Il y a clairement le temps de la séance, et le temps « d’après la séance », le « moment off ».

   -Pendant la séance, un scénario se déroule, sans compromis, sans discussion, le maître et sa soumise cherchent chacun à se dépasser... Lui se voit comme un maître très exigeant, toujours attentif. Un bon maître doit tester tout ce qu’il impose à sa soumise, c’est important (aiguilles, brûlures, retarder son plaisir… sinon, il n’a aucune crédibilité pour l’imposer)

   Une séance n’est jamais interrompue par des bavardages ! Un maître expérimenté perçoit le moindre souffle, soupir, ou tressaillement de sa soumise. Il saura s’adapter, deviner ses limites. C’est une alchimie magique, aucun besoin de parler.

   - Ensuite, pendant le moment off, on se dévoile. La soumise raconte son ressenti, ce qu’elle a moins aimé. C’est important de ne pas garder de choses sur le cœur, d’éviter les malentendus et les incompréhensions par l’échange. Cela permet de mieux préparer la suite.

   Un bon maître doit s’efforcer d’amener ses soumises vers l’excellence : les gestes, la posture parfaite, et de le faire « en pleine conscience ». Se mouvoir, maîtriser sa démarche, y compris à quatre pattes, en laisse, penser chaque geste… un peu à la façon d’un sportif, pour gagner en endurance, esthétisme… Ce n’est jamais lassant, cela s’apparente un peu à un art martial.

 

    Avez-vous un safe word ?

   Le safe word, c’est une sécurité indispensable, surtout au début, quand le maître et la soumise ne se connaissent pas encore très bien. Il faut définir à l’avance si le safe word met fin à une action, à la séance entière… Quand un safe word est utilisé au cours d’une séance, c’est un échec terrible pour les deux protagonistes. C’est la responsabilité du maître de gérer les limites de sa soumise, et celle de la soumise de chercher à se dépasser.

   Eva n’en a pas besoin, elle n’en a pas, un lien de réelle confiance s’est noué avec son maître. Elle trouve aussi que c’est donner trop de pouvoir à une soumise, « mais ne faites pas forcément comme moi ! »

 ***

    Je pourrais les écouter des heures ! Ensuite, c'est le temps de l'atelier d'écriture. Flore nous met au travail avec énergie, pour notre plus grand plaisir, avec des contraintes bien tarabiscotées. Des livres d'Eva Delambre sont en jeu, ainsi que des magasines Union, source d'inspiration inépuisable ;-) Notre petit groupe doit se lancer dans l’écriture d’une histoire devant se dérouler dans un parking, comporter une scène d’exhibition, avec des personnages muets… Go !

    Daniel Nguyen brosse avec panache les grandes lignes de notre histoire, avant de filer poursuivre son travail de photographe, nous laissant, mon voisin et moi, pantelants devant la page blanche, et les pensées enflammées de fantasmes. Il a fallu se ressaisir et se dépêcher d’écrire !

    Je vous livre notre petit texte, en réclamant toute votre indulgence…

 

Exhibition interdite

    Ils avaient tout organisé la veille pour transformer un coin du parking en Donjon BDSM : croix de Saint-André, anneaux, lien et cordes. Ils avaient veillé à tout placer face aux caméras de surveillance.

    Emilie, vêtue d'une minijupe, chancelante sur ses talons hauts, suivait son maître, accompagné d’un inconnu. La peur et l'excitation lui serrait la gorge. Elle ne pouvait prononcer une parole. Les deux hommes restaient silencieux aussi, imposant leur volonté d'un simple regard. Ils se rendaient dans le coin reculé du parking qu'ils avaient préparé et y attachèrent la jeune femme. Qu'elle était jolie et émouvante ainsi ! Elle tremblait pendant qu'il nouaient ses fines chevilles au bois de la Croix.

    Soudain, la porte d'un fourgon s'ouvrit, et plusieurs filles jaillirent. Elles rejoignirent la scène de supplices et s’exhibèrent à leur tour, s’effeuillant et se caressant mutuellement.

    À ce moment-là, toutes les voitures soigneusement positionnées autour du spectacle allumèrent leurs phares en même temps, dans un silence assourdissant, ponctué seulement de coups de fouet et des gémissements des jeunes filles. Les voyeurs installés dans les voitures fixaient les gestes des maîtres, calibrés minutieusement pour marquer les peaux délicates des soumises.

    Non loin de là, la scène était également regardée par deux gardiens, figés devant leur écran. Ce spectacle était au-delà de tous les fantasmes qu'ils auraient pu imaginer ! L’un d’eux sentait une larme de sueur couler le long de son dos et frissonnait de désir, un désir en foot contre le Cali lutter

   — Marc, il faut les arrêter, appellons la police !

   Joe saisit son collègue par le bras et le regarda franchement dans les yeux.

   — Profite, ça ne se reproduira pas une deuxième fois !

   Dans le parking, au deuxième sous-sol, le temps était suspendu, à l'instar de la jeune femme attachée dans les airs.

 

   Prochains écrits polissons : le 24 février, avec un thème de circonstance : la lettre d'amour !

 

Photo : Daniel Nguyen