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    J’évoquais l’autre jour le pouvoir de la musique, celui de nous faire ressentir des sensations proches de la jouissance… La peinture agit sur nos émotions aussi, certains tableaux nous touchent, nous bouleversent, parfois plus que de raison, on ne sait dire pourquoi souvent, un regard, une posture, un mouvement…

    Un ami me confiait son émoi devant un certain tableau de François Boucher, et son aveu a fait resurgir un souvenir ancien du fin fond de ma mémoire, un peu à la façon de la madeleine de Proust, tout m’est revenu de façon photographique : le tableau, mes sentiments et émotions !

    Il y a longtemps, pendant les vacances d’été, je visitais avec mes parents des châteaux et des musées. Ils avaient bien du mérite à traîner l'ado maussade et complexée que j'étais, arrachée de mauvaise grâce à ses lectures. A cette époque, je traversais une phase romantique exaltée, nourrie de romances historiques (Autant en emporte le vent, Les hauts de hurle-vent, entre autres lectures moins avouables...).

    Dans un musée, je suis soudain tombée en arrêt devant le tableau d’un jeune chouan, terrassée par un espèce de coup de foudre, fort, violent, qui me broya le cœur et me donna la fièvre. Il avait tout pour plaire à une jeune fille de 13 ans : valeureux, brave, le cœur pur, imprudent, charismatique... élégant. Le regret vint bientôt tout submerger, vif, intense. Deux cent ans nous séparaient. Le jeune homme du tableau resterait inatteignable pour toujours… Et même si nous avions été contemporains, une petite révolutionnaire chantant sur les pavés parisiens n’aurait eu aucune chance de croiser la route d’un général vendéen. J'ai pensé à lui longtemps, les yeux fixés sur une carte postale de plus en plus froissée. Avant de me tourner vers quelque boutonneux de ma classe (je suppose...) et les plaisirs plus concrets de la Science-fiction.vers15_girodet_001f

    J’ai retrouvé sans peine le héros de ma jeunesse grâce à la magie de google images (bon, maintenant, je les aime plus burinés et velus, avec un regard moins innocent... ). Il s’agit d’Antoine-Philippe de La Trémoille, prince de Talmont. Il n’était pas si pur et courageux que cela en réalité, et fut même qualifié de « libertin » par ses pairs. La véritable figure emblématique de la guerre de Vendée était plutôt Jacques Cathelineau, généralissime des armées Vendéennes (comment ça claque !), qui n'est pas mal non plus d'ailleurs...

 

Clarissa

(Révolutionnaire dans l’âme, attirée par l'esprit chevaleresque et le panache aristocratique à l’occasion)