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    "Ce que j'ai essayé avec "Belle de jour", c'est de montrer le divorce terrible entre le coeur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l'exigence implacable des sens".  JK

 

    J'avais entendu parler du film et du livre, je savais qu'ils étaient sulfureux mais guère plus. Je l'ai emprunté à tout hasard dans ma bibliothèque et je l'ai dévoré, séduite par l'écriture de l'auteur, comme par l'histoire.

    Séverine est une jeune femme qui a tout pour être heureuse : un mari aimant et tendre dont elle est follement éprise, une vie agréable et douillette grâce au statut social de son mari, chirurgien. Mais tout va basculer. A la faveur d'une discussion avec une amie, elle apprend l'existence des maisons closes. D'abord horrifiée, elle devient peu à peu fascinée et obsédée par les maisons de tolérance. Elle va finir par s'y aventurer, irresistiblement attirée.

     Gouvernée par son désir, hésitant entre accablement et ses pulsions, elle va toujours plus loin, recherchant le plaisir dans des pratiques avilissantes avec des hommes grossiers, en dessous de sa condition, se perdant dans ces étreintes tarifées.

    La dernière partie m'a moins plu. Je n'en dévoilerai rien ici, si ce n'est que l'étude psychologique disparaît au profit de l'action. Le tragique pointe son nez et sonne comme une leçon de morale qui n'a pas sa place.

    L'auteur décrit à merveille les états d'âme de la jeune femme, l'alternance entre attirance et répulsion pour ces lieux de débauche, sa culpabilité vis à vis de son adorable époux, la façon dont elle s'arrange finalement avec la morale pour trouver un espèce d'équilibre provisoire.

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    Il nous offre aussi un beau témoignage de la vie parisienne à la fin des années 20, une vie facile pour les gens de sa classe sociale, insouciante et festive, mais plus contrainte que la notre aussi, le qu'en dira-t-on est plus important, tout est apparence.

    Je n'ai découvert qu'à la fin que le livre était si ancien, tant son propos reste moderne malgré tout. La problématique demeure intacte, toujours aussi vive et tabou même aujourd'hui, et n'a pas trouvé de réponse. L'amour sans le désir physique. Combien de couples le vivent, plus ou moins bien. Ils s'aiment, ne veulent pas renoncer l'un à l'autre, se sentent bien ensemble, mais n'ont plus de relations sexuelles, ou très peu. Son désir à elle s'est tari (ou le sien, mais il me semble que ce sont les femmes qui se lassent les premières), elle ne veut plus se forcer, se refuse désormais à lui, lui s'assombrit... Aujourd'hui, ces couples ont des solutions pourtant : devenir libertins, prendre un amant, une maîtresse... rien n'oblige à divorcer quand on s'aime encore.

    Le roman est vraiment très bien écrit, dans un style désuet, riche, un peu ampoulé, peut-être même "surécrit" comme on l'aimait à l'époque, et comme je l'aime aussi à l'occasion. Il ne comporte pas de scène érotique directement explicite, mais les situations sont puissamment évocatrices. Le plaisir trouble que Séverine prend à s'humilier, à se faire mal traiter par des hommes virils, peu éduqués, est parfaitement bien décrit. Le paiement de la "passe" fait aussi partie du plaisir malsain qu'elle éprouve. J'avoue avoir été secouée.

    J'aimerais transposer ce roman aujourd'hui, mais à présent, avec internet, personne ne reste innocent très longtemps. Le choc de la découverte n'existerait pas. On pourrait imaginer une jeune fille apprenant l'existence des clubs libertins et s'y rendant seule, pour d'interminables gangs bangs qui la laisseraient pantelante mais enfin comblée, ce que les douces caresses d'un petit ami timide ne réussirait pas... 

 

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    Photos : Catherine Deneuve, dans "Belle de jour" de Luis Bunuel