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    Plus sulfureux que le meilleur ami, plus tabou que le cousin, plus risqué que son boss... dans la série de mes fantasmes, j’appelle : le voisin ! Si proche, si inaccessible, un vrai supplice de Tantale...

    Moi qui ai toujours veillé à ne jamais frayer avec les voisins, ou le moins possible, le minimum vital exigé par la politesse la plus élémentaire, (on se retrouve vite sinon à nourir un chat hargneux tous les week-end et arroser des plantes déjà à moitié trépassées toutes les vacances), je me retrouve avec un voisin dans ma vie...

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    Je le connais de vue depuis deux ou trois ans. Nous nous croisons tout le temps, seuls le plus souvent, ou chargés de famille. Comment ne pas le remarquer ! Grand, un immense sourire, débordant d’énergie et enthousiasme, enfourchant son vélo par tous les temps…. On a fini par se sourire de loin, et même se saluer, à force. Un jour, je réussis à vaincre ma timidité, je m'approche et me présente, et depuis, on se dit bonjour de plus en plus chaleureusement.  

    Parfois, je ne le croise plus, je l’oublie, et au moment où je m’y attends le moins, il apparaît à nouveau devant moi. Il y a quelques mois, c’était dans une ruelle au fin fond de la banlieue, à mille lieues de notre immeuble. Cette fois, on échange nos numéros de téléphone et la promesse d’un café ensemble. Il disparait à nouveau des semaines. Mes horaires changent, les siens aussi peut-être, je ne le vois plus, il n’existe plus.

    Jusqu’à hier matin. Voulant échapper à l’atmosphère électrique d’un dimanche matin en famille, je prends le premier prétexte venu et file à la superette du coin acheter ce qui manque. (So glamour). Je ne ressemble à rien, à peine coiffée, à peine vêtue, avec un gros manteau (fichu été pluvieux). Et il est là, devant moi, face au rayon chocolats. Pressé et débordé comme toujours, avec son sourire resplendissant, à faire chavirer les cœurs les plus secs. Je décide de filer le plus vite possible, vu mon look « desperate housewife », mais il me rejoint à la caisse.

    Je suis ravie en fait de le croiser à nouveau par hasard, on dirait que lui aussi, et nous nous réjouissons. Il se souvient de notre projet de café, et évoque son travail de folie en levant les yeux au ciel. Nos disponibilités semblent incompatibles avec les vacances, il nous faudra patienter jusqu’à la rentrée…

    Le tout sous le regard attendri du caissier qui se lance : " Vous, je sais ce qui va vous arriver bientôt, hé hé, c'est bien, c'est beau l'amour, on en a besoin… " (VDM)

    Je tente d’interrompre son flot de paroles. Rouge comme une pivoine, je bredouille, résistant à grand peine à l’envie de fuir au plus loin :

    - Oui, on a surtout besoin d’AMIS dans la vie !

    Mais il continue son discours à l'eau de rose et s'enferre « c’est bien, c’est beau l’amuuur, profitez-en, hé hé... » et là je bats en retraite. Je ne me résous pas à quitter le magasin, j’erre devant le rayon biscottes en attendant que mon voisin finisse de payer et me rejoigne. (Pathétique). Il rit et me rassure :

    - Il ne faut pas faire attention, rien ne pouvait l’arrêter ! C’est vrai que c’est amusant quand même toutes ces coïncidences…. J’aime bien…

    - Oui j’aime bien aussi !

    Et nous nous sauvons vers nos obligations respectives, lui à vélo comme toujours, moi légèrement coupable et euphorique à la fois, sans trop savoir pourquoi…

 ***

   A ceux qui me demanderont, je les entends déjà : c'est une histoire vraie ? Voici ma réponse : il s'agit d'une réalité romancée.... (voilà qui fait chic et cloue le bec ! )

 

  Quelques citations de Pierre Desproges, savoureuses, comme toujours :

Le voisin est un animal nuisible assez proche de l’homme.

Très proche, trop proche. C’est d’ailleurs de cette proximité que naît la nuisance du voisin.

Mais attention : que le voisin soit proche ne doit pas nous inciter à le confondre avec le prochain, ce dernier, contrairement au voisin, pouvant être lointain.