Bernardins 2

    Mes lecteurs et amis risquent d'être déçus, voire agacés par ce billet, mais je pense q'une blogueuse et écrivaine se doit d'être curieuse et se documenter, enquêter sur tous les aspects du domaine qui l'intéresse. En ce qui me concerne : l'érotisme...

     N'écoutant que mon courage et ma curiosité, je me suis donc inscrite à une conférence en théologie pour connaître la position de l'Eglise sur le sujet. Le titre, fort alléchant : "La chair est-elle pécheresse ?", en forme de provocation, laissait deviner une attitude bienveillante de l'Eglise, une évolution heureuse après des siècles d'obscurantisme pour ce que l'on appelle communément "les pêchés de chair".

    Je fut quelque peu désappointée. Non pas par la conférence, de très bon niveau, passionnante et passionnée, ni par le jeu des questions réponses à la fin, traitées avec feu et énergie par un prêtre engagé, enthousiaste, ne mâchant pas ses mots et détestant la langue de bois.

    Passionnant, mais intransigeant, sans indulgence, impitoyable. Moi qui venais chercher un peu de réconfort aussi, un brin de douceur, de consolation, de compréhension, et qui voulais me rassurer quant à l'enfer m'attendant sûrement, je suis repartie sans aucun espoir. Mais les idées claires, enfin, car à la présentation brillantes du prédicateur (P. Matthieu Villemot).

    Je vous livre ici un résumé de ses propos, pour vous, et aussi pour moi, pour me souvenir.

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    La religion a la réputation de haïr le corps. Longtemps, le sexe a été considéré comme un péché. Il s’agit en fait d’un malentendu, supprimé aujourd’hui. A l’heure actuelle, on proclame au contraire l’innocence du corps, sans lien avec le péché. Le corps est bon, le péché vient de la volonté, de l’âme, pas du corps. La réalité se situe entre les deux. Le péché vient de la volonté, et s’inscrit parfois dans le corps.

    La haine du corps dans le passé de l’église

    Elle nous viendrait de St Paul, mal interprété, qui distingue le péché charnel et la loi spirituelle. Cela a entraîné un rejet du corps : l’âme doit se libérer du corps, et des pratiques excessives ont connu un certain succès, non voulues par Dieu : ascèse, culte de la souffrance... Le mariage a été vu comme une vocation au rabais, surtout pour éviter les débordements.

    Il s'agit en réalité un malentendu, une partie seulement des propos de St Paul. En fait, c'est moi qui décide si je vais pécher. Ce n’est pas mon corps qui pèche tout seul. J’ai mon libre arbitre. Le corps n’est pas libre. Le corps ne peut être pécheur en tant que tel, de par sa nature (par exemple, le chat qui joue avec la souris de par sa nature de félin, commet-il un péché ? Non).

    Le corps n’est pas pécheur en tant que tel pour une autre raison aussi. Dieu a choisit de se faire chair, dans le même corps que nous, et nous a dit que nos corps allaient ressusciter. Il n'aurait pas choisit un corps pécheur pour se révéler.

   Conclusion : le corps n’est pas intrinsèquement mauvais et lié au péché. Le corps est même voué au salut éternel.

    Position de l’église aujourd’hui : réconciliation avec le corps

   A présent, on conseille au contraire de prêter attention à son corps, de le soigner, d’être à son écoute, et c’est une bonne chose. Le désir sexuel est perçu comme excellent, de même le plaisir. Dans le mariage bien sûr. Parfois on va trop loin sur le sujet de l’innocence du corps qui peut conduire à des dérives.

Bernardins 1

   La réalité est entre les deux !

  On se voile un peu la face en fait en louant à tout prix l’innocence du corps. Il ne faut pas toujours aller là où nos corps nous poussent. On ne peut nier un certain lien entre corps et péché. Par exemple dans la gourmandise et ses excès, citons l’alcoolisme. Le corps fait souvent pression pour replonger. De même avec la drogue.

- Nos péchés sont rendus possibles grâce à nos corps : on peut tuer, violer, ce que ne peuvent faire les anges, immatériels (ils ont seulement le péché d’orgueil). Nos corps sont capables du pire, torturer, et du meilleur aussi, caresser, aimer.

- Le péché blesse la relation du corps et de l’âme. Chacun doit rester à sa place. Par exemple, l’argent est une excellente invention, mais ne doit pas dominer en maître nos vies. La volonté, l’âme doit toujours rester aux commandes du corps, conserver de l’autorité sur lui. Pécher c’est inverser le lien, laisser le corps aux commandes. Il faut bien discerner les appels du corps, y répondre, mais sans excès. Le corps est comme un enfant. Il exigera toujours plus d’alcools, de cigarettes, de sexe, d’extrême minceur, de jeunesse éternelle... Tels seront ses diktats qui finiront par gâcher nos vies, notre temps, notre argent. Une véritable aliénation mettant en danger notre santé (cancer, anorexie), notre liberté, nos moyens.

- Le péché s’inscrit dans le corps. Arrêter de fumer, de se droguer, est douloureux, laisse des traces dans notre corps, des symptômes de manque, des gestes... Il faut se reprogrammer avec une volonté très forte.

 

            En conclusion, le corps est bon. Dieu s’est fait chair et a prévu de glorifier nos corps. Le péché est d’abord spirituel, et vient d’un manque de volonté. Il faut respecter son corps, l’aimer, et le commander, répondre à ses besoins en un juste équilibre.

            Tomber amoureux, désirer, fantasmer… tout cela est moralement neutre. C’est ce qu’on en fait qui compte, qui peut être dangereux. La raison doit donc rester vigilante et retenir les élans du corps.

            En droit pénal, en droit canon, on excuse parfois l’abolissement de la volonté par le manque de discernement ou un état de faiblesse. Le doute doit toujours profiter à l’accusé dit-on. Un mari jaloux et paranoïaque qui tue son voisin, le soupçonnant d’être l’amant de sa femme, peut être déclaré non coupable. En réalité, on garde toujours son libre arbitre. Au jugement dernier, cet homme sera jugé.

 

          Pour écouter la conférence (hélas sans les questions-réponses), cliquer ici

 

Photos : Clarissa