131216 175

    Etre bloggeuse érotique, c’est aussi prendre des risques. Ce n’est pas seulement frissonner sous la couette un bon livre à la main. Il faut parfois se rendre sur le terrain, se documenter, voir de ses propres yeux, échanger, donner de sa personne... Se jeter dans la gueule du loup.

 ***

     Quand on écrit une critique de Pornstar (d’Anthony Sitruk, qui vient de paraître aux Editions de la Musardine), quelques effets secondaires imprévus (mais non déplaisants ;-) peuvent survenir.

    On m’a proposé d’assister au tournage d’une scène de film X, et, n’écoutant que mon courage, ma curiosité, je n’ai pas hésité à dire oui. J’étais quand même légèrement inquiète (je n’ai jamais réussi à regarder un film X plus de deux minutes, et encore, à travers mes doigts). J’ai finalement passé une très bonne soirée ! Il est bien plus agréable d’avoir une vue d’ensemble, sans les gros plans pénibles des films X (enfin, pénibles pour moi, une femme ;-).

 

    Le cœur battant, je rejoins ce lieu tenu secret jusqu’à la dernière minute. Nous sommes chaleureusement accueillis par l’organisateur et invités à pénétrer dans une grande salle bien chauffée, décorée d’objets anciens. Elle ressemble à un restaurant avec son comptoir de bar et ses tables, mais de nombreuses chaises sont soigneusement disposées devant la scène. Je devrais dire le lit plutôt, immense, trônant à la hauteur de nos yeux.

    L’attente précédant le début du tournage est l’occasion de discuter avec un expert du X, Anthony Sitruk, auteur et co-fondateur du site X-intime (si vous vous posez des questions sur les motivations des acteurs, leurs parcours, leurs projets, ne manquez pas les savoureuses interviews en ligne). Le temps passe à la vitesse de l’éclair : récits de tournage, souvenirs nostalgiques, ragots divers…  Il me dresse un portrait sombre du X, si bien évoqué dans son livre. L’âge d’or est bien révolu, fini les longs tournages, les scénarios soignés, les décors somptueux des années 70, 80. A présent, avec les vidéos gratuites qui ont envahi le net, les tournages ne durent plus que deux ou trois jours faute de budget. Les stars se font rares, remplacées par des jeunes filles qui ne restent que quelques mois dans le circuit.

    Le photographe de la soirée, Flesh, nous rejoint et confirme ce lent déclin que rien ne semble devoir enrayer… Sauf peut-être l’initiative du Théâtre Suçoir ? Car la salle est comble ce soir, la formule remporte un franc succès !

    Passionnée par leurs propos, je n’ai plus le temps de goûter le couscous offert, je me contente de déguster une coupe de champagne qui me tourne aussitôt la tête.  

     La salle se remplit, toutes les places sont occupées, une centaine environ. Il y a quelques couples, avec une grande majorité d’hommes on s'en serait doutés. Tous les âges, tous les styles sont représentés. Deux tables VIP encadrent la scène, de superbes actrices X chouchoutent les heureux élus qui y sont conviés. Nous reconnaissons Joey Starr, de NTM.  

    Tout le monde fume allégrement. Le brouillard des fumées, leurs odeurs, renforcent encore l’impression d’interdit, l’impression d’assister à une soirée spéciale, privée. 

    Deux jolies jeunes filles entrent soudain dans la salle, vêtues en mères noël, dans une tenue coquine à souhait, et grimpent sur le lit. Elles se déshabillent aussitôt, se caressent, s’embrassent, avec affection, complicité, joie de vivre…  il leur manque peut-être la lenteur, la sensualité… tout ce qui permet de sentir la montée du désir... On est plutôt en présence de deux jeunes étudiantes qui jouent et chahutent entre elles, et provoquent le public, l’apostrophent. Elles sont très belles, paraissent très à l’aise et semblent bien s’amuser. Elles nous lancent des regards espiègles et recherchent nos encouragements. Les préliminaires sont réduits au minimum, et les deux actrices se lancent bientôt dans des pratiques plus explicites.

    L’ambiance est détendue, bon enfant, et l’arrivée du mâle ne change rien. Il se mêle au duo avec naturel. Contrairement aux jeunes femmes, lui garde son sérieux et sa concentration, et ne semble pas s’amuser autant. Il ne nous regarde pas, ne sourit pas, reste dur, dressé pendant toute la séquence, au service de ces dames. J’imagine qu’il ne doit pas être facile pour lui d’agir en pleine lumière, devant un public. Le caméraman virevolte autour d’eux, en caméra rapprochée, pendant que les jeunes gens se livrent à une chorégraphie compliquée, un enchaînement de positions, toute une gymnastique plus axée sur la performance que sur l’érotisme. Je suis impressionnée par l’aisance des filles, la nonchalance de l’acteur et son sexe infatigable qui répond toujours présent et alterne ses va-et-vient sans relâche entre les deux actrices.

131216 176

    Il est tard, il est temps de rentrer, je me sens un peu secouée d’avoir vu des gens faire l’amour, si près de moi, sous la lumière crue des projecteurs. Je suis un peu décontenancée par l’ambiance amicale et bon enfant de la soirée, je m'attendais à quelque chose de plus glauque, de plus sérieux, au lieu de ce show coloré, enthousiaste, joyeux et plein d'entrain. Une très bonne surprise !

 

 

Si vous aussi vous souhaitez vivre cette expérience, tous les renseignements sont sur le site du Théâtre Suçoir

 Et pour tout savoir sur le cinéma X, le site qui fait référence : X-intime

 

 

Photos : Clarissa (d'autres photos, bien plus osées, sont sur le site du Théâtre)