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   Messieurs, ne sous-estimez pas le pouvoir de séduction du costume, de la cravate... autant d'accessoires désuets et peu confortables que vous essayez de supprimer par tous les moyens, et dont nous déplorons, nous, les femmes raffinées et romantiques, la disparition progressive...

 *** 

    J’émerge lentement du brouillard de ma nuit au dessus d’un café fumant. Je ressens encore l’engourdissement du sommeil qui embrume mon esprit et ralentit mes gestes. Je respire mon café et, lentement, je m’éveille grâce au puissant arôme qui me brûle la gorge. Ma drogue, mon breuvage préféré et nécessaire. J’allonge paresseusement le bras pour saisir mon téléphone portable, mon autre meilleur ami du matin. Lire les dernières nouvelles de mes contacts, regarder leurs photos et statuts, vient très vite après le premier café, juste avant la douche qui va achever de m’éclaircir les idées. D’autres cafés suivront, et d’autres consultations du téléphone…

    Le rituel immuable des matins qui se ressemblent tous, du quotidien qui nous emporte à toute vitesse. Et qui sera bouleversé cette fois, par sa faute.

     Brusquement, je suis tirée de mes rêveries et je relève les yeux de l’écran, ma tasse de café à la main. Je suspends mon geste. Le temps vient brutalement de s’arrêter, avant de repartir à toute vitesse. Je sens une vague de chaleur intense circuler dans mes veines, rougir mes joues, allumer un feu dans mon cœur, mon ventre. Je dois être rouge écrevisse, bouche bée et l’air stupéfaite, ou pire, complètement stupide.

     Mon homme vient me dire au revoir et se présente devant moi, la tête penchée, cherchant mon regard. Il est si grand. Une réunion au sommet ce matin, il n’a pas le choix. Il s’excuse presque. Il est vêtu d’un costume sombre, avec une chemise d’un blanc immaculé et une cravate rouge sang. Je suis aussitôt subjuguée, terrassée, paralysée telle la proie hypnotisée par le prédateur. D’habitude, je ne le vois qu’en pantalon de toile beige ou bleue marine, chemisette et pull beige également. Je le vois à peine en réalité. Le choc me secoue et me cloue sur place, me fait vibrer, trembler de désir et de timidité.

     Je ne peux pas le regarder, éblouie, complètement éperdue, le cœur déchiré par le coup de foudre. Je sens des larmes me piquer les yeux, mon cœur se serrer à m'étouffer et chuter sans fin. Je reconnais à peine mon chéri. Il a grandi, encore il est devenu immense, un géant impressionnant dont le regard me foudroie.

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     Il rit, surpris et heureux de me faire tant d'effet, de me plaire autant. Mes pensées s'embrasent, des fantasmes surgissent et meurent dans l’instant. Je me vois lui arracher son costume, sa cravate, sa chemise, le coucher à même le sol et le dévorer ; je me voie nue, accrochée à lui, le suppliant à genoux de ne pas partir, de ne pas me laisser, car il va faire des ravages sur son passage. Les femmes vont se pâmer et se jeter à ses pieds, le mettre en pièces de leurs mains ardentes et impatientes, avant de le l’agacer de leurs baisers. Mon corps se tend comme un arc vers lui, le désir menace de m’affoler et de me rendre folle, la jalousie m’aveugle déjà, alors qu’il est encore là, devant moi, affectueux et amusé.

    Il ne soupçonne pas une seconde la violence de ma réaction que je dissimule dans un rire et en fuyant son regard. Il est tout simplement beau comme un dieu avec sa barbe de viking, ses yeux verts, sa stature, et ce costume qui lui donne à la fois l’allure d’un dandy désinvolte, décadent, et d’un homme d’affaire surpuissant et dangereux. Je ressens un amour fou, irraisonné, terrible et douloureux. Je suis folle amoureuse de lui en secret, damnée pour l’éternité, sans espoir de retour.

    (Et cela m’arrive souvent. Ce chagrin d’amour violent, irrépressible, contre toute raison, qui me submerge et m’envahit, m’obscurcit, alors l’on est ensemble, et heureux je crois. 

    Il dit qu'il m'aime, me serre fort, me fait l'amour avec passion, me couvre de compliments, de baisers, mais l'apaisement qu’il m’offre reste léger, de courte durée, il ne me soigne pas en profondeur, m’effleure à peine. La morsure de l'amour éprouvé en secret, obsédant, revient vite. A peine il se lève du lit).

    J’arrive à contrôler mes élans, je le laisse partir. J’étouffe mes regrets, ma peine, je tâche de ne plus y penser, de me concentrer sur autre chose. Toute la journée mon cœur est en flammes, me brûle vive, je lutte contre les pensées les plus noires. J’essaye de comprendre pourquoi, quelle folie me prend tout à coup... Est-ce que je suis devenue une fétichiste de la cravate moi aussi ? Est-ce que je suis prête à me jeter sur tous les hommes en costume ? Il dégage une telle aura ainsi, faite de pouvoir, d’intelligence, de maîtrise. Il paraît appelé à de grandes choses, des événements, des projets prodigieux. Il semble si décidé, énergique, déterminé, vif. Brillant. De mille feux.

    Finalement, c’est bizarrement son retour, le soir tard, qui me ramène enfin à la raison et calme toute cette passion irraisonnée. J’ai à peine le temps de le revoir en costume. Il file dans la chambre se changer et enfile à la hâte un short et un teeshirt pour s'atteler à la cuisine directement, un peu ébouriffé. Je fonds de tendresse, il a tellement envie de me faire plaisir et de me chouchouter. Ça passe souvent par de bons petits plats mitonés avec amour. Je me trouve folle à lier de m'être enflammée ainsi, toute seule, si longtemps, à la seule vue d'une cravate matinale.

    J’espère qu’il la remettra.

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    Photos prises sur le net, en particulier chez mon amie Flore Richemond, qui me pardonnera j'espère, au nom de notre goût immodéré et inavouable au grand jour pour les hommes en costumes ;-)

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