culte

    Ceci n’est pas un retour de lecture, mais une anecdote, vécue autour du livre qui vient de sortir aux éditions La Musardine : « Culte », de Ian Soliane.

    J’espère que mon attaché de presse préféré ne m’en tiendra pas rigueur... (pour éviter tout reproche de « lèche », je précise que c’est aussi le seul que je connais et que j'ai rencontré en chair et en os).

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    Un beau jour, Stéphane Rose, qu’on ne présente plus (Attaché de presse des éditions La Musardine, et Directeur de la collection « Osez 20 histoires de sexe… », pour ceux qui l’ignorent encore), a lancé un appel sur Facebook. Des blogueurs et des journalistes seraient-ils intéressés par « Culte » ? Il est prêt à leur offrir un exemplaire, en échange d’un article. Cela s’appelle : le Service Presse. SP pour les intimes.

    J'ai levé le doigt sans réfléchir, malgré la modestie de mon blog, forte des lectures SM à mon actif. Après tout, ayant découvert la littérature érotique directement avec « Histoire d'O », j'ai une tendresse particulière pour le SM (tant qu'il n'y a pas de sadisme ou de description gore....). Depuis, j’ai régulièrement apprécié ces lectures coupables. J’ai beaucoup aimé Le manoir d’Emma Cavalier, je me suis bien amusée avec Sex in the kitchen et tout récemment  A corps et à cris. Moi-même, dans mes nouvelles, je ne suis pas contre un peu de fermeté et de domination.

    Donc le SM je connais et j'aime ! Et ça ne me fait pas peur (je précise : en littérature ... ;-)

   Aussitôt demandé, aussitôt reçu. Voilà Culte sur ma table de nuit. L’éditeur accompagne son envoi d’un mail m’informant de la dureté du texte. (Il a deviné que sous mes dehors de Domina sans pitié, se cache un petit cœur sensible) :

   « Son originalité est dans son style, volontairement froid, précis, clinique, sans la moindre empathie pour les personnages ni le moindre soucis psychologique. »

    Me voilà prévenue.

   Sur le point de partir, j’hésite à l’emmener avec moi pour le lire dans le train (propice aux lectures érotiques et aux échanges de lourds regards avec des inconnus). Je préfère finalement attendre mon retour. Cette dernière semaine de vacances, consacrée à des activités intensément familiales, me paraît parfaitement incompatible avec la lecture d’un livre SM, aussi court soit-il.

   Je suis abonnée à quelques blogs amis dont j’aime lire les retours de lectures, en particulier celui d’ Anne Bert, qui écrit si bien, ses chroniques sont ciselées comme des bijoux et aussi plaisantes à lire que ses nouvelles.

   Justement, elle vient d’écrire une chronique sur Culte, que je m’empresse de lire. (Vous pouvez la découvrir ici). Et là, je reçois une vraie claque. Je repense sans cesse à ce qu'elle a écrit, obsédée, meurtrie par ce que j’y ai découvert sur le livre....Une chronique très bien écrite comme toujours ! Mais glaçante ... Comment peut on aller aussi loin ...

    Culte est devenu un livre maudit, et je n’ai qu’une hâte, m’en débarrasser au plus vite ... Aucune envie de souffrir à ce point ! Même si je me dis que tout est inventé…

    Charitable et généreuse, je vais donc demander à mes amies écrivaines et blogueuses si elles seraient intéressées par recevoir le livre en question. Honnête quand même, j’explique pourquoi je leur fais ce cadeau imprévu. Les deux premières amies contactées l’ont déjà reçu. L’une est dans le même état que moi, perplexe et ne sachant pas trop par quel bout le prendre, la seconde l’a déjà lu et a même rédigé sa chronique, j’étais passée à côté avec la difficulté de se connecter loin de chez soi. Je peux donc la citer, c’est chocolatcannelle, et vous pouvez lire son billet . Je lis aussitôt son retour de lecture et ses propos me rassurent. Apparemment, la distance avec laquelle la narratrice raconte ce qui lui arrive adoucit un peu ses propos.

   Ma troisième amie a bien voulu du livre à mon grand soulagement !

   Avant de sceller définitivement l’enveloppe et d’envoyer mon cadeau empoisonné, un ultime regret m’étreint. Et si je passais à côté de quelque chose ? Je parcours quelques pages, avec réticence d’abord, et puis, de plus en plus rassurée, je lis franchement plusieurs passages. La façon d’écrire de l’auteur, son recul, son détachement, enlève tout pouvoir aux mots les plus durs. On ne ressent pas la souffrance de ses personnages. On la comprend, mais on reste froid et indifférent. Une succession de pratiques plus terribles les unes que les autres sont racontées sans état d’âme, ni pathos. Seulement les faits bruts. C’est vraiment étonnant, je n’ai jamais rien lu de tel. Il faut avouer que j’ai lu vraiment très vite, car je n’avais pas envie de souffrir et de me faire du mal en lisant des choses affreuses.  

    Je pense qu’il s’agit d’un exercice de style. Comment décrire l’insupportable en le rendant tout à fait acceptable, voire banal. La narratrice raconte d’un ton assez guilleret et fier les supplices qu’elle s’applique à endurer de son mieux, par amour pour son maître.

   Le fait que tout soit enduré et supporté par amour explique tout en quelque sorte, apporte du sens, et répond à la question que l’on se pose tout au long du livre : pourquoi endurer tout ça, s’infliger de telles épreuves insoutenables, endurer tant d’humiliations... La réponse se trouve dans l'amour fou de la soumise pour son maître. Peut-être que le livre aurait été encore plus intriguant et perturbant si l’amour n’était pas autant présent. La pensée de son maître et son amour pour lui soutient et aide la narratrice à tout supporter. Mais même cet amour fou est  évoqué assez froidement. Notre soumise manque singulièrement d’émotions. Elle décrit les larmes et les souffrances des autres stagiaires, et ne semble pas éprouver la moindre pitié ou compassion, juste une certaine curiosité, et une solidarité de « pensionnaires » parfois.

   Certains points m'ont semblé excessifs aussi, et renforce l'impression d'un exercice de style : les pratiques extrêmes imposées aux stagiaires (zoophilie), la composition du groupe qui comprend une adolescente, une mère de famille... Les personnages secondaires sont à peine esquissés, ils ne sont pas attachants. Ils sont vus et racontés du point de vue de la narratrice qui se contente de décrire ce qui leur arrive et ce qu’on leur fait, sans émotion. En réalité, la chronique d’Anne Bert, avec sa belle écriture, m’a fait bien plus d'effet et de mal que les quelques pages que j’ai lues.

   J’avais déjà lu des livres avec ce type décriture, un style froid, détaché. Je pense à "La mort est mon métier" de Robert Merle, ou "L’étranger" de Camus par exemple. Mais malgré leur style froid, ces livres m'avait touchée et profondément dérangée. Ce n'est finalement pas le cas avec "Culte".

   Il faut dire que je ne suis pas vraiment entrée dans "Culte", je suis restée sur le seuil, me protégeant, feuilletant le livre, n'osant pas lire vraiment...

   J'ai bien aimé l'idée du contrat à la fin.

 

 

   La morale de toute cette histoire : il faut tourner sept fois sa langue autour du membre aimé avant de lever étourdiment le doigt quand un éditeur recherche des blogueurs et journalistes pour chroniquer un livre. Bien se renseigner avant. Ainsi, je me suis abstenue de me manifester quand « Osez changer de sexe » a été proposé, n’étant pas concernée par le processus, et aimant surtout les romans et nouvelles.

   Je reste très ennuyée malgré tout, manquer à ma parole, ne pas tenir mes engagements, pour mon premier livre papier reçu en Service Presse ça craint ! Je vais être rayée des listes, grillée jusqu’à la huitième génération au moins !

   Je veux bien être corrigée et punie (avec douceur) pour ce manquement impardonnable, et promis, je ne le ferai plus, je serai irréprochable la prochaine fois … enfin, tout dépend de la punition ;-)

 

 

    J'espère avoir réussi à aiguiser votre curiosité ;-) pour en savoir plus et commander le livre, rendez-vous sur ici.

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    Lire aussi la chronique de Chloé Saffy ici